Café Philo de Trouville sur Mer

Maison des Associations - Stéphane Hessel 

Quai Albert 1er

14360 Trouville sur Mer

Le samedi de 17h à 19h

Une fois par mois, le vendredi, de 16h30 à 18h30 au Pavillon Augustine

ou à la Salle de la Plage en été

Ouvert à tous (5€ la séance pour les non-adhérents)

www.cafephilotrouville.fr                                 25 ANS DU CAFE PHILO :

Mail : cafephilotrouville@yahoo.fr           un temps fort pour notre association !

Facebook : Cafe-philo Trouville

Les membres du  Café-philo se réunissent le samedi, et une fois par mois le vendredi, afin de favoriser la participation d'un public de jeunes et d'actifs

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Le Café-philo de Trouville est ouvert depuis 25 ans...! C’est une longévité assez rare pour être mentionnée.

 

Il a pour objectif de promouvoir l’esprit philosophique et la réflexion à la citoyenneté de ses adhérents et de ses visiteurs. 

Dans le cadre de débats respectueux de l’ expression de chacun, il s’agit de favoriser le débat d’idées permettant à  chacun de s’enrichir de « l’autre » . 

Le Café-philo fonctionne le samedi après-midi, toute l’année (le bureau de l’association peut prévoir en période creuse des samedis de relâche). 

Le Café-philo traite de sujets choisis en séance après le vote des participants et de sujets préparés par les adhérents ou des invités.  Les adhérents sont informés par voie de messagerie.

La programmation des séances  est également publiée dans l’agenda et sur le site internet de l’Office du tourisme de Trouville.

Depuis 2019, Anne-Marie MICHAUX  préside l’association « des amis du Cafe-Philo » qui en assure la gestion.

Le bon fonctionnement du Café Philo est assuré grâce aux cotisations des ses adhérents, avec le soutien de la ville de Trouville.

Il est proposé d’adhérer à l’Association les Amis du Café-philo :

 Cotisation annuelle :

        Membre adhérent :

        - 30 euros

        - gratuité pour les moins de 25 ans

       Membre bienfaiteur : à partir de 50 euros

    

Visiteur : 5 euros la séance

25 ème anniversaire du Café-Philo : 

Temps fort réussi pour notre association ! 

Le samedi 15 octobre, sous un beau soleil trouvillais, la célébration des 25 ans du Café-philo a été l’occasion de  recevoir en invitée d’honneur, Laurence Devillairs  normalienne, agrégée et docteure en philosophie, spécialiste du XVIIè siècle et auteure notamment de « petite philosophie de la mer ».

Un large public était au rendez-vous dès le matin pour le parcours philosophique proposé au Musée Villa Montebello; chacun  a été sensible à l’hommage  rendu à la mer  par Laurence Devillairs qui a passionné son auditoire, commentant d’un point de vue philosophique, plusieurs œuvres sur le thème de la mer de l’exposition Courbet et du fonds du Musée. 

L’après-midi à l’Hôtel de ville,  une soixantaine de personnes ont assisté à la Conférence-débat, durant laquelle Laurence Devillairs a invité chacun à porter sur la mer un regard différent, à la contempler, pour retrouver l’être vrai qui est en nous...pour mieux naviguer dans la vie.  

Après avoir remercié Mme Sylvie de Gaetano, Maire de Trouville de son accueil dans cette belle salle du Conseil, Anne-Marie Michaux, Présidente  a rappelé  les grandes étapes des 25 ans du Café-philo saluant le travail accompli par Christian Carle durant près de 22 ans.   
Après une saison estivale record, et de nouvelles idées pour l’avenir, nul doute que le Café-philo est reparti pour 25 ans !

 Synthèse des propos de Laurence Devillairs 
La philosophie et la mer :Quel liens?


Laurence Devillairs  commence sa conférence en s’interrogeant sur le fait que de nombreux  philosophes ont utilisé des métaphores maritimes pour évoquer la condition humaine. Pourquoi l’ont-ils fait?
 
On peut s’attendre que Épictète, maître parmi les philosophes, nous explique savamment ce qu’est la vie. Or, il écrit dans son Manuel, chapitre VII :
« Si, dans un voyage sur mer, ton vaisseau aborde et que tu en sortes pour faire provision d’eau, tu peux, en passant, ramasser sur ton chemin un coquillage ou une plante ; mais il faut que tu aies l’attention fixée sur le navire, et que, sans cesse, tu regardes derrière toi si par hasard le pilote ne t’appelle point ; et vient-il à t’appeler, laisse tout cela de peur qu’il ne te fasse enchaîner et jeter au fond du vaisseau, comme le bétail »

Spinoza pour dire de l’Homme qu’il est bien loin de maîtriser ses passions écrit : « Il est ballotté sur l’océan des affects, tant qu’il n’en connaît pas les causes », Éthique, III, XIX et XXII. 

Encore, Descartes commence la Méditation Seconde par ces mots : «  La méditation que je fis hier m’a rempli l’esprit de tant de doutes, qu’il n’est plus désormais en ma puissance de les oublier. Et cependant je ne vois pas de quelle façon je les pourrai résoudre ; et comme si tout-à-coup j’étais tombé dans une eau très profonde, je suis tellement surpris que je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond, ni nager pour me soutenir au-dessus » . Laisser à lui même, l’Homme ne dispose que de ses seules ressources pour faire face au doute et ne pas se noyer dans l’incertitude.

 

Enfin, Blaise Pascal,dans Les Pensées,Chapitre II - Marques de la véritable Religion : « En voyant l’aveuglement et la misère de l’homme, en regardant tout l’univers muet et l’homme sans lumière abandonné à lui‑même, et comme égaré dans ce recoin de l’univers sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s’éveillerait sans connaître et sans moyen d’en sortir » 

Pourquoi tous ces philosophes parlent-ils si souvent de la mer pour décrire la condition humaine? Sans doute parce qu’il existe une relation intime et mystérieuse entre la mer et la philosophie qui leur permet d’approcher l’essence même de l’Homme.

A son tour Laurence Devillairs évoque trois expériences métaphysiques rendues possibles grâce à la fréquentation de la mer.


D’abord, la mer est la seule part de nature qui sollicite tous nos sens et bouleverse nos perceptions. Elle est une abstraction qui invite à se désencombrer, à devenir une épure de soi. Nager, c’est une expérience totale. Dans l’eau, on change d’état, on ne pèse pas le même poids. La nage se situe entre la glisse et le vol. On est en apesanteur.
En nageant Laurence Devillairs a compris le sens des mots de Merleau-Ponty « la chair du monde », alors qu’elle était réfractaire à la phénoménologie.

La mer est à la fois éternelle et changeante, changeante et immobile. Elle est un changement qui ne change pas.
Si pour Kant l’espace et le temps sont les médias nécessaires à la connaissance du monde, ils s’avèrent inopérants quand on est en mer. 
Laurence Devillairs souligne avec humour que si Kant avait su nager il n’aurait sans doute pas écrit « L’analytique transcendantale » de la même manière.


Ensuite, Laurence Devillairs soutient l’idée que la mer nous invite à la contemplation. C’est une ascèse douloureuse qui diffère radicalement de la méditation qui nous ancre dans l’ici et maintenant. C’est nous évider de ce qui ne nous remplit pas (nos a priori, nos préjugés, ces idées qui ne sont pas les nôtres ou qui sont confuses…) pour approcher notre nature profonde. 
Comme le dit  Yves Bonnefoy, le poète, nous sommes des êtres de « l’arrière-pays », qui ont besoin d’aller un peu plus loin, là-bas. Nous ne cessons de donner du futur à notre présent. C’est bien en cela que consiste le fait d’espérer.  L’espérance est le moteur de la volonté. Nous pouvons être présents à soi, des êtres attentifs au monde mais avec une ouverture permanente. Le terme de saudade inventé par les Portugais, peuple de navigateurs, évoque bien cette nostalgie du futur. Qu’est-ce qui nous revient ? Qu’est-ce qui nous attend ? En mer, il y a comme le souvenir de ce à quoi nous sommes appelés. Être en vie, se sentir en vie. 
La mer, c’est le sublime. La saudade, la nostalgie de ce que la vie devrait être, la nostalgie du futur.

 

Enfin, il y a quelque chose en nous qui entre en écho avec ce qu’il y a de sublime dans la mer. C’est ce que Laurence Devillairs appelle la transcendance horizontale.
Face à la mer nous viennent des larmes de joie, de tristesse, un frisson, de l’effroi aussi. Face à la mer, on vit plus grand, plus large, on a envie d’écarter les bras. Face à la mer, nous sentons qu’il y a en nous plus que ce que nous vivons. Il y a en l’homme davantage que l’homme. Il y a l’infini en nous. 


Laurence Devillairs termine sa conférence en lisant « La vie antérieure » de Charles Baudelaire pour illustrer ce dernier point.

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir. 


Laurence Devillairs est une fervente partisane de la philosophie hors les murs de La Sorbonne.  Elle salue les initiatives des Cafés-philo.      

 
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