REFLEXIONS ET COMMENTAIRES

February 6, 2020

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25 aout 2019

 

 

Contribution de René Sidelsky

 

Qu’est-ce qu’un autre ?

 

Un autre est avant tout une construction mentale. Un autre, c’est l’idée que nous avons de ce qu’est un autre. Une jeune maman qui porte son bébé fille considère-t-elle que la « chair de sa chair » est autre ? Un amant follement amoureux pense-t-il à « sa moitié »comme une autre ? Moins il y a d’amour et plus il y a « autre ».Mais autre par rapport à quoi ? Par rapport à « moi » c’est-à-dire à la «pensée-moi». Plus le moi -l’ego- est fort, plus corrélativement la notion d’autre est forte.

 

 Lorsque le moi disparaît, ou ce qui lui est synonyme, lorsque le mental disparaît comme dans le sommeil profond ou l’évanouissement, il n’y a plus d’autre. L’autre est bien une construction mentale par laquelle je choisis de situer hors de moi telle personne, tel objet, ou telle idée. Ce point de vue est faux et démesurément étriqué.

 

Par exemple, le point de vue du moi considère que l’air que je respire est autre que moi. Or, si cet air vient à me manquer, ou à être gravement empoisonné, j’en meurs. Mort il n’y a plus de mental pour concevoir arbitrairement l’autre. Sans air, pas de pensée-moi, et sans cette dernière pas d’autre. Est-il correct d’affirmer que l’air est autre pour moi puisque ma vie en dépend ?

 

 L’oxygène de l’air m’est fourni par les plantes (70 % par le phytoplancton, les plantes minuscules qui flottent dans les océans)  Les plantes dont ma vie dépend sont-elles autres comme le pense le moi étriqué et à courte vue ? Si nous continuons d’empoisonner les mers au point de tuer le phytoplancton, nous mourrons tous asphyxiés. Le phytoplancton est-il autre comme le pense le moi étriqué qui le situe hors de lui ?

 

Les carottes, les salades, pommes de terre et autres nourritures physiques dont ma vie dépend sont-elles autres ? Si je cesse de les manger, c’est la fin de la «pensée-moi» avec la mort du corps.

 

La planète Terre qui nourrit toutes les plantes grâce auxquelles je me nourris et respire, qui s’habille des océans féconds et des indispensables forêts, est-elle autre ? Sans la planète Terre que serais-je ?

 

 La «pensée-moi» me dit que l’eau est autre que «moi». Elle ignore donc que le corps est constitué en moyenne de 60% d’eau. Le pourcentage d’eau est beaucoup plus élevé dans les poumons, le sang et le cerveau. Si je cesse de boire de l’eau, je meurs et deviens donc incapable de concevoir un autre. Cette pensée-moi à laquelle je m’identifie s’est elle-même constituée en conséquence d’un nombre infini d’échanges et de relations que j’ai eues avec des « autres » depuis ma naissance, comme aussi à travers des lectures, des films, etc. Sans tous ces échanges avec des « autres » que serais-je ? Si je n’avais jamais été en relation avec ces « autres » que serais-je ? Tous ces« autres » sont-ils vraiment autres pour moi ?

 La langue française que je parle et par laquelle je pense, est l’œuvre de nombreuses générations d’humains. Sont-ils vraiment autres que moi puisque c’est grâce à eux que je suis capable de penser et de communiquer ? Nous voyons bien que « autre » est une idée fausse, une construction mentale basée arbitrairement sur une infime portion du réel et qui se prend pour la vérité.

 

Ego est un mot latin qui signifie «MOI». C'est le sentiment d'être une entité, un état-civil. Il convient de remarquer que dans le sommeil profond, le sentiment du «moi» disparaît. Il est donc intermittent et dépend de la mémoire. Dans certaines amnésies, le «moi» est perdu, la personne ne sait plus qui elle est, ni ne reconnaît les membres de sa famille. La pensée-moi est une fonction utilitaire du mental qui, pour raison d’efficacité pratique se considère séparé des autres, séparé du monde, ce qui en réalité est un point de vue faux qui tient au fonctionnement particulier du mental. Ce dernier, incapable de gérer la somme colossale d’informations que lui procurent les sens, en délègue la plus grande part à l’inconscient et fait un tri dans celles qu’il garde. En conséquence, le matériau de la pensée résulte d’une tri, d’une sélection, d’un fractionnement. Le propre du mental est de séparer, de fractionner ce qu’il perçoit du réel. Et ce qu’il perçoit du réel est lui-même déjà très amputé par les limitations des sens (la lumière visible exclue la lumière infrarouge et l’ultraviolette, nous ne percevons pas les infrasons ni les ultrasons, etc.). Notre pensée fonctionne donc avec des données très tronquées, aussi convient-il de ne pas trop se fier à la pensée, aux concepts, au «moi» mais davantage à l’intuition, laquelle est une connaissance directe qui ne passe pas par le raisonnement.

 

 –––––––En réalité, il n’y a pas d’autres.––––––

En aucun cas ce que désigne la pensée «moi» n’est autonome, ni indépendant de son environnement physique, social et culturel. Cependant la «pensée-moi» se considère comme séparée, créant ainsi des «autres » fictifs.

 –––––––En réalité, il n’y a pas d’autres.––––––

Il n’y a que l’ostracisme arbitraire basé sur l’ignorance de la réalité, en conséquence du fonctionnement étriqué et faux du «moi». Si les humains se rendaient vraiment compte que la terre, l’eau, l’air, les nourritures physiques et mentales, et tout notre environnement ne leur sont pas « autres », notre rapport à la nature, aux humains et aux animaux, notre rapport à la Vie serait très différent, beaucoup plus respectueux et beaucoup plus aimant.

 

Quand regarderons-nous plus vaste que ce que la «pensée-moi», si étriquée, nous suggère?

 

 

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Adieu à Jean-Sylvain Assimon

 

 

                Jean-Sylvain vient de nous quitter, à sa manière discrète et courtoise, la manière de quelqu’un qui ne veut pas déranger. Depuis quelques temps, il semblait affaibli, il toussait beaucoup et marchait avec une canne. Mais interrogé à ce sujet, il éludait la question, disait qu’il allait mieux. J’ai appris par son fils aujourd’hui qu’il était frappé par une maladie orpheline et qu’il se savait condamné.

Il était venu au café-philo il y a 10 ans et il s’y était distingué par sa bonne humeur, sa courtoisie, et la conscience avec laquelle il s’acquittait de sa fonction de trésorier. C’était un homme exquis, absolument incapable d’offenser personne ni de se fâcher avec personne. C’est peu dire que nous le regretterons.

Son décès, survenant après  celui de bien d’autres membres du café-philo, nous rappelle aussi la fragilité de nos propres vies, et à quel point il est important de faire le meilleur usage de notre liberté de penser, pendant que nous en avons encore la ressource.

Une cérémonie aura lieu à Hérouville en fin de semaine. Si vous souhaitez y être présent, je vous transmets son numéro de téléphone : 0231647520

Par ailleurs, j’adresse une copie de ce courrier à sa famille, de la part de tous les membres du café-philo qui l’ont bien connu et apprécié.

 

Bien amicalement,

Christian Carle

 

 

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5 aoôt 2018

J'ai trouvé cet article intéressant et je vous le propose tel quel.

Son auteur est David Ben Soussan.

Cordialement.

Ralf Lankar

 

 

Entendement et raison, morale et éthique

 

La morale peut-elle être raisonnée ? Les choix moraux sont-ils faits en toute liberté ?

Il est possible d’établir une différence entre entendement et raison. L’entendement rattache inconsciemment l’effet des sensations à leur cause. C’est une expérience de l’esprit qui se base sur des évidences sensibles et sur un raisonnement qui peut rendre cohérent l’ensemble des impressions de nos sens.

 

La raison est abstraite, méthodique, logique, déductive et désincarnée en ce sens qu’elle ne se fie guère aux sens qui peuvent être trompeurs. Le principe de la causalité qui stipule que tout effet a une cause qui le précède, relève de l’entendement des représentations, des perceptions des expériences des phénomènes naturels.

 

On pourrait être tenté de projeter cet entendement des phénomènes au monde extrasensible. En effet, le principe de la causalité s’applique aux phénomènes définis dans l’espace et dans le temps. Mais le problème de l’origine de l’univers ou de la causalité première reste alors ouvert. S’il y a une origine des temps, la question de l’antériorité de cette origine reste sans réponse à moins d’admettre un créateur ex-nihilo.

 

De la même façon, on établit la différence entre morale et éthique : la morale différencie entre le bien et le mal. La notion de morale est parfois considérée comme innée (Rousseau), inculquée (Freud), raisonnée (Descartes), innée et acquise mais aussi universelle (Kant).

L’éthique est le principe sous-jacent de la morale. Elle n’est pas assujettie à la morale, à un dogme ou à une religion bien qu’elle rejoigne en plus d’un point la morale.

 

Descartes a voulu ramener la morale et l’éthique à une équation : ethica more geometrico demonstrata. Il a eu une vision purement scientifique de l’homme. Son contemporain Blaise Pascal lui a reproché d’avoir réduit Dieu au rôle d’horloger cosmique.

Il a refusé de définir l’homme par la raison seulement, car le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : la dimension affective de l’homme est subjective et l’homme est inscrutable (homo absconditus) car la compréhension humaine est limitée par ses sens et ses limitations physiques. L’essence de l’homme ne se ramène pas à l’existence du cogito ergo sum, mais touche à une autre dimension : celle du souffle intime de Dieu qui résonne au for intérieur de la conscience de chacun.

 

La liberté serait-elle virtuelle ?

On pourrait avancer que l’homme est doté de raison, raison qui lui permet d’exercer sa volonté comme il l’entend. Ainsi, les actions de l’être humain seraient guidées par sa volonté, elle-même soumise à sa raison laquelle est guidée par sa conscience.

 

La morale constituerait un a priori implicite car elle se retrouve chez tout être doté de raison ; les impératifs moraux n’obéiraient pas aux désirs que l’on peut avoir mais dériveraient de la seule raison.

Toutefois, considérant l’antériorité des êtres et des choses, on est porté à avancer que l’être humain est soumis à un déterminisme social, familial et physique. Si le principe de la causalité s’appliquerait à la raison même, la liberté n’existerait pas car tout serait (pré)déterminé et on sombrerait dans le fatalisme.

On pourrait aller plus loin et avancer que la volonté est illusoire en ce sens qu’elle relève de l’intuition et découle des désirs et des pulsions. Pour Freud, le moi n’est pas maître de sa maison.

Pour Spinoza, les êtres humains sont mus par la finalité des désirs et des instincts. Le bien et le mal ne seraient que la généralisation de ce qui est bon ou mauvais pour l’individu. D’où la nécessité d’établir une éthique qui se réapproprie l’affect afin d’orienter son désir sachant que le monde, êtres humains compris, est tel qu’il est et que la transcendance n’influe en rien.

 

Contrairement à ceux qui soutiennent que l’édifice des croyances religieuses ne serait là que pour idéaliser ce que l’on ne peut être, Pascal avance que c’est le cœur qui sent des vérités fondamentales parce qu’il exprime le sentiment de Dieu : « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. » La liberté se définirait comme un engagement spirituel, le sentiment du bien étant souvent confondu au divin (ou même à la croyance en la rétribution divine).

La question de savoir qui de la raison, du coeur ou des désirs est à la tête de la structure psychique ne peut être tranchée de façon nette car la raison intrinsèque, la causalité induite par les sens, l’affect et les pulsions biologiques sont imbriqués dans le moi. « Le je est un autre » soutient le poète Arthur Rimbaud.

Néanmoins, une meilleure connaissance de soi permet de mieux relativiser et canaliser les pensées et les actions. La connaissance de soi peut informer (du latin in et forma signifiant donner forme, instruire, donner une structure) l’esprit et affiner les choix moraux.

 

Pour ce qui est du libre arbitre, Einstein suggère que « chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d’après une nécessité intérieure », circonscrivant ainsi le degré de liberté de l’être humain.

Bergson quant à lui, avance : «On a donc raison de dire que ce que nous faisons dépend de ce que nous sommes ; mais il faut ajouter que nous sommes, dans une certaine mesure, ce que nous faisons, et que nous nous créons continuellement nous-mêmes »

 

Jean Paul Sartre affirme que « dans la vie on ne fait pas ce que l’on veut mais on est responsable de ce qu’on est », idée admirablement articulée par le poète Antonio Machado : « Voyageur, le chemin sont les traces de tes pas, c’est tout ; voyageur, il n’y a pas de chemin; le chemin se fait en marchant. »

 

Que propose la Bible ?

Le récit du Jardin d’Éden consacre la faculté de reconnaître le Bien et le Mal ; juger de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas est du ressort de la réflexion de l’être humain. La faculté d’agir en conséquence est aussi son droit légitime.
Dieu est le créateur du Mal (de la lumière et du Mal, Isaïe 45-7).

Il a laissé à l’homme le choix du libre-arbitre : « Et voilà je te présente le Bien avec la vie et le Mal avec la mort… et tu choisiras la vie. » (Deutéronome 30-15, 30-19), incitant à la discipline personnelle et à l’action positive : « Éloigne-toi du mal et fais le bien (Psaumes 34-15) », tout en engageant l’amour de Dieu, du prochain et de l’étranger (Deutéronome 6-5, Lévitique 19-18 et 19-34).

Toujours selon la Bible, l’homme est naturellement porté vers le mal (Genèse 6-5). Il a également le moyen de développer une attitude cérébrale volontaire pour surmonter son penchant vers le mal (Genèse 4-7).

Cette disposition est indépendante de la rétribution à laquelle un croyant pourrait s’attendre « car vos pensées ne sont pas Mes pensées, ni vos voies ne sont Mes voies, dit l’Eternel (Isaïe 55-8).»

La morale signifiée par les dix commandements intègre l’éthique signifiée par les cinq derniers commandements qui se rapportent aux relations avec autrui, les cinq premiers commandements se rapportant au Créateur et aux parents. Dans la Bible, l’éthique et la morale sont les deux bras d’un même corps que forment les tables de la Loi.

 

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16 janvier 2018

Daniel MIZRACHI

Sujet A propos d'un intervenant

 

Bonjour, Je voulais remercier une personne qui est intervenue lors ma présentation sur Raison et raisonnable. Je ne connais pas les coordonnées de ce participant qui a parlé de la période "préscolastique" et du concile de Constantinople de 880, choses que je ne connaissais pas. De fait, ce monsieur a visé juste car, après recherche sur internet, nous étions très proche du sujet, avec une réflexion des grandes sommités de cette époque sur la relation entre l'âme et l'esprit, et entre le dualisme et la "trichotomie". Bien que quatre siècles auparavant, un père de l'Eglise, Saint Augustin, avait déjà remarquablement décrit le "fonctionnement" de la "Trinité". Donc, encore merci, a posteriori pour cette information de cet intervenant que j'espère revoir à un prochain café philo

 

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1er janvier 2018  -  Un beau message de Patricia GALBRUN

 

Encore toute à ses premiers frémissements, une aube nouvelle s'est levée en ce 1er janvier 2018 !

C'est l'occasion pour tous de témoigner par nos vœux l'attachement à ceux que l'on aime, d'exprimer cet élan du cœur qui nous porte vers un être, quel que soit la nature de cet élan.

Certains sacrifieront à ce rituel par la force de l'habitude, la peur de manquer à ses obligations ou y verront une fiction et un mensonge social.

Qu'importe !

Celui à qui le message sera adressé le qualifiera comme il l'entend, certainement comme il aime à l'entendre...

 

Ce mouvement ou élan spontané du cœur est le principe de l'esprit du don, en tant qu’acte intentionnel et spirituel.

S'ouvrir à l'esprit du don, c'est tenir une attitude ou une posture d’admiration bienveillante qui accueille toutes les créatures du monde avec grâce, comme si la Nature était cet écrin où se niche le don de Vie.

 

Mais est-on seulement capables d'aimer sans rien en attendre, d'aimer dans le don sans même que ce don soit vécu comme un sacrifice à soi, un sacrifice de soi.

Si l'on prenait le temps de décrypter nos gestes d'amour, nous constaterions qu'ils servent souvent notre ego.

Nous n'avons pas été habitués, nous n'avons pas appris que l'amour pour les autres Est... tout simplement.

Il donne sans attendre, il donne sans savoir qu'il donne, comme là bas le myrte exhale son parfum dans l'espace de la vallée...

Cette rationalité de l’amour ne doit pas être ravalée au sentimentalisme, ni même à l’épanouissement personnel. Elle est une pensée du don et de l’abandon, une philosophie de l'Être.

 

Ainsi, l'amour de Dieu n'est pas l'amour pour Dieu.

C'est l'amour présent en l'homme par le simple fait d'être ou de ne pas être.

C'est une valeur de l'homme envers tout ce qui vit et qui s'exprime dans le respect et le partage.

C'est un principe de vie et Dieu est considéré comme un principe suprême, non comme une entité à idolâtrer, à vénérer.

 

Il y aura toujours un débat pour l'existence ou la non existence de Dieu, et c'est tant mieux, c'est l'acceptation et le respect des idées de l'autre.

Comme il y aura toujours cette subtilité de distinction entre athée et agnostique.

Quelques fanatiques religieux jettent l'opprobre dans le monde des religions... oui, mais des hommes de pouvoir avant toute chose qui se servent de la religion.

En son nom, l'homme a commis le pire comme le meilleur.

Seul l'éveil de notre conscience nous permettra de faire la distinction, d'être lucides, libres de pensée.

Pour ma part, je ne retiens que les exemples d'amour dont sont capables les Hommes de foi, les autres, je les laisse à la politique...

 

Dans l'esprit des hommes, la subtile distinction qui régit toute réflexion intellectuelle est souvent confuse, source d'arbitraire voire de conflits.

Ainsi en est-il du principe du vide et du néant, de l’égoïsme et de l'altruisme - l'amour pour soi et l'amour pour les autres - pour ne citer que ceux-là.

L’égoïsme n’est pas forcément un signe d’amour de soi, tout comme l’altruisme des personnes non éveillées n’est pas de fait un signe d’amour pour les autres.

La différence entre égoïsme et altruisme souvent est infime, ce sont toujours des manières d’être envers soi-même.

Et si ces deux sentiments servent l'ego, alors ils sont de même nature.

 

L’amour a toujours pour base le renoncement au bien individuel, là encore quel que soit la définition que nous lui donnons...

 

Parmi les nombreux sujets qui emplissent l'espace de cet horizon 2018, la condition des migrants ne laisse pas indifférent.

Il me revient en mémoire le plaidoyer de JMG LE CLEZIO.

"... Les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées [...] La migration n'est pas, pour ceux qui l'entreprennent, une croisière en quête d'exotisme, ni même le leurre d'une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie. C'est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays...".

 

Le vivre ensemble n’est pas une utopie, il est une solution de construction dont rêvait Martin LUTHER KING.

"We've learned to fly the air like birds, we've learned to swim the seas like fish and yet we haven't learned to walk the Earth as brothers and sisters."

"Nous avons appris à voler comme des oiseaux et à nager comme des poissons mais nous n'avons pas appris l'art tout simple de vivre ensemble comme des frères."

 

Longtemps, je partageais l'esprit de Jean Jaurès qui dit qu'on n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir. On enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est.

Aujourd'hui, je n'enseigne pas, je partage ce que je vis. Et ce partage je le vis comme un don.

Il suffit d'apprendre à regarder comme le Petit Prince, avec le cœur, puis viens la compréhension que tout ce qui a été donné est reçu pour être partagé.

Le don nourrit car il trouve son équilibre dans la Nature.

 

Je vous souhaite une très belle année 2018 !

Que son ruban de voile de mille rêves dépose chaque jour à vos pieds un horizon de paix, de joie et de sérénité !

 

 

​Patricia GALBRUN

http://yogaharmony.jimdo.com/

06.84.91.71.28

02.31.89.58.06

 

 

 

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30 novembre 2017 de Daniel MIZRACHI

 

Bravo Bernard !

Je viens de lire le texte sur le sentiment de culpabilité qui est très riche car il explore de nombreuses pistes en s'aidant des références de nombreux philosophes. Dommage que je n'ai pas pu être présent à cette séance. Je voudrais simplement faire deux remarques. Tout d'abord il y a pas mal de personnes qui vivent avec un sentiment de culpabilité dont on ne sait d'où il vient car il est probablement inconscient. Je veux parler de ces gens qui très souvent veulent s'excuser d'actions commises par eux qui n'ont absolument rien de répréhensibles. Que cherchent-elles donc dans l'excuse, pour quelles fautes imaginaires, envers quelle culpabilité ? Par ailleurs, le problème de la protection des salariés en entreprise est abordé à travers la citation du CHSCT. Mais est-il vraiment nécessaire de "culpabiliser" les dirigeants pour les rendre plus "moraux". En fait, il s'agit davantage d'une prise de conscience de dangers encourus par les personnels à travers les expériences professionnelles antérieures, c'est à dire de faire de la prévention. En somme, il faut secouer l'intelligence par une prise de conscience plutôt que de rajouter encore plus de culpabilisation sociale qui peut tourner à l'absurde. Cela dit, il serait intéressant d'avoir un prochain débat philosophique sur le thème de la vie en entreprise. A bientôt. Daniel

 

 

 

 

1er juillet 2017: 

Célébration des 20 ans du Cafe-Philo à 17h30 à l'Hôtel de Ville, Trouville.

Conférence de la philosophe Monique Canto-Sperber:

"Quelle place pour la philosophie dans la complexité du monde actuel"

 

 

                                                       Christian CARLE et Monique CANTO-SPERBER

 

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3 fevrier 2017 de Philippe TEMPLE

 

voici quelques réflexions après la séance sur la poésie et la philosophie:

Un point n'a pas été suffisamment abordé au cours de la séance "poésie et philosophie". La poésie est un acte. On peut écrire un joli poème, ce n'est pas l'important. En effet, la poésie est un rapport au monde, le poète exprime son sentiment, ce qui l'affecte au sein de ce rapport. La proximité avec le philosophe réside dans le fait d'exprimer quelque chose au sujet du rapport qu'il a avec le monde qui, au demeurant n'est pas statique. La sensibilité dont il fait preuve alors lui permet d'être en résonance avec le monde  et, ainsi, de saisir ce qui change, ce qui l'inquiète ou le ravit en ce qui concerne aussi bien l'humanité que la nature. On peut dire que la poésie est une façon d'être et de vivre : le poète réagit à toutes sortes d'affects d'ordre esthétique, intellectuel,
politique.

Le philosophe, comme le rappelle Pierre Hadot dans "qu'est-ce que la philosophie antique", vit en cohérence avec ses idées. De même, le poète vit comme il le dit dans ses œuvres.  Dans les deux cas, une exigence de
beauté, de sensibilité et de justice.

 

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11 janvier 2017  Nous avons la tristesse de faire part du décès, à l'âge de 100 ans. le 9 janvier 2017 à Trouville de David JOURY, l"un des fondateurs et President d'honneur du Café-Philo de Trouville.

 

Texte de son fils François Joury

David Joury, DouDou pour certains, mon Papa pour moi, ce juif égyptien , ce juif arabe (même!), né en 1916 au Caire de parents réfugiés de Bagdad pour l'un et de Syrie pour l'une, cet exilé qui a préféré la France pour son histoire et ses valeurs humanistes que de rejoindre sa famille dans la nouvelle terre promise pourtant toute proche,  ce curieux de tout particulièrement si cela concerne les Hommes ou les sciences, ce féru d'histoire et d'histoires, ce terrible orateur à l'égyptienne qui pouvait mouchée  sans hésitation toutes  approximations sur des  siècles et des siècles, cet ingénieur profondément humaniste marié après guerre à une allemande, ce papa, mon papa s'est éteint doucement ce matin en écoutant du Oum Kalthoum.

Paix

 

Pour David Joury

 

                  Dans un conte inuit, une vieille femme que l'on vient d'enterrer, ou plutôt dont on vient d'ensevelir le corps sous un monticule de pierres comme c'est l'usage chez ce peuple, se relève de sa sépulture et, s'adressant aux hommes qui s'apprêtent à partir pour la chasse, leur déclare qu'elle s'excuse de les retarder, mais qu'elle n'a pas bien compris comment il fallait faire pour mourir.

C'est que, s'agissant de mourir, il n'est pas si facile de comprendre ce qu'il faut faire. On apprend ce qu'il faut faire pour vivre, mais pour ce qui est de mourir, sauf cas de suicide, il n'y a rien d'autre à faire que de laisser faire la mort, car c'est elle qui décide. L'être en vie, l'homme ou la femme qui agissait, qui faisait, n'a rien à voir avec sa dépouille inanimée, et la transformation est si grande, la métamorphose si complète, qu'elle laisse interdit et incrédule, et que l'imagination fertile des peuples s'est complu à établir une continuité entre les deux, soit par une survie de l'âme du défunt, soit par le maintien de la forme du corps au moyen des pratiques d'embaumement.

Si nous n'étions que des êtres naturels, notre retour dans le sein de la nature n'aurait rien qui puisse surprendre. Mais par le langage et la pensée, et par les œuvres qui en découlent, nous bâtissons un tout autre règne, qui n'est pas fait pour mourir. La seule mort que les hommes puissent comprendre, c'est celle qui survient dans la vie par les oppositions qu'ils y rencontrent et la détresse qui en résulte ; mais qu'une hache aveugle, ou une faux, vienne trancher une vie animée par l'esprit et y mettre à jamais un terme, la chose n'est pas croyable.

Le dialogue que les hommes mènent, d'un bout à l'autre de leur existence, avec eux-mêmes, avec leurs semblables, avec le monde en général, n'est pas destiné à finir, et il est en soi infini et interminable. C'est pourquoi il est faux de dire que les hommes meurent, cela ne concerne que leur enveloppe, ce corps dont ils héritèrent un jour et qui fut leur porte-voix, le signe sensible de leur présence. Mais ce que fut quelqu'un, il l'est à jamais, pourvu que la mémoire s'en maintienne, et sa présence continue de rayonner dans les paroles qu'il a dites, comme dans celles que la piété lui adresse par-delà la tombe.     Christian Carle

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3 janvier de Christian Carle

 

Sujet : La folie internet - 2ème réflexion

 

Sur la folie internet

 

Je vois deux principaux problèmes concernant internet. Le premier concerne l'assimilation du langage informatique. Ce langage doit être compris par les machines, et donc par leurs utilisateurs sous réserve qu'ils pensent comme des machines. C'est un langage simple dans son principe, puisqu'il ne contient à-priori aucun concept, les concepts étant synthétiques et devant être traduits pour la machine et ses utilisateurs en liste d'opérations analytiques afin d'éviter toute ambiguité. Mais ce gain de précision a pour contrepartie l'extension à l'infini des opérations, les fameuses procédures. Pour accéder à une information quelconque, il faut passer par ces procédures, saisir des codes d'accès, des mots de passe, des identifiants, et les procédures elles-mêmes doivent être décrites dans un méta-langage difficilement compréhensible, saisir, actualiser, configurer, initialiser, lister, sécuriser, programmer par défaut,etc… Toutes ces opérations et procédures chargent la mémoire (un code d'accès a 8 signes, l'identifiant d'une boite box en comporte une quarantaine, difficilement lisibles), et ne sont pas sans conséquences sur la manière de penser. La pensée est largement intuitive, et penser en langage ordinateur revient à faire une place à l'intuition dans le maniement des procédures, et à traiter l'ordinateur comme une sorte de cerveau, capable de suppléer à ses défaillances en empruntant des chemins variés pour arriver à une information donnée. Sauf que cela requiert une longue pratique, et que cette pratique une fois acquise conduit à penser comme pense un ordinateur.

Il faut donc avec internet apprendre une autre langue que la langue naturelle, du moins si l'on veut se tirer d'affaire dans le monde actuel, ce qui ne dispense pas d'apprendre une autre langue que la langue maternelle, pour la même raison. La vie devient compliquée.

Ce qui nous amène au second problème : la complexification croissante des relations avec le monde extérieur et l'effacement des relations personnelles directes. Tout se traite aujourd'hui par internet, les abonnements aux services, les contacts avec leurs fournisseurs, le paiement des impots, les réservations de titres de transports, les demandes de renseignements variés, les prises de rendez-vous médicaux, etc.. Le télé-travail se développe, tout comme le télé-enseignement et le télé-achat. En principe, il y a là un gain de temps, toutefois la machine ne connaît pas les nuances qui ne peuvent s'exprimer qu'en langue naturelle,et, autre inconvénient, le destinataire du message n'est pas obligé de répondre, ou de répondre dans le délai demandé. Ce qui se met ainsi en place, c'est un monde sans interlocuteurs, et où l'interlocution dépend du bon vouloir de la machine et de ceux qui s'en servent. Cette absence d'interlocuteur est bien connue de ceux qui cherchent à joindre un service pour une demande urgente et que l'on promène de poste en poste ; comme elle est bien connue des salariés qui ont une revendication à faire valoir et qui ne trouvent personne auprès de qui la faire valoir, l'interlocuteur étant on ne sait où et ne pouvant être joint que par internet.

Dans le monde interconnecté, chacun a bien accès à tout et peut être mis en relation avec tout. Mais comme c'est là le fait de chacun, il en résulte que votre demande se noie parmi des millions d'autres, et n'est pas plus urgente que celle d'un autre. Dans ces conditions, le gain de temps n'est qu'apparent, et vous pouvez pianoter devant votre écran pendant des heures avant de parvenir au traitement de votre demande. La transparence du monde interconnecté se renverse alors en opacité, et sa simplification démocratique en tyrannie déguisée. Et comme les arcanes de l'utilisation maitrisée de l'ordinateur ne sont pas prêtes à être à la disposition de tout le monde, il en résulte une fois de plus ce constat cruel qu'une avancée technologique ne signifie rien par elle-même, et que celle-ci risque surtout de profiter aux malins qui savent s'en servir.

 

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8 décembre 2016 de  Daniel MIZRACHI

 

 Sujet  :  à propos de la folie internet

 

 Bonjour, Je viens de lire le texte sur la folie internet de Christian Carle qui pose très bien le problème passionnant et moderne de notre rapport aux nouveaux moyens de communication et aux supports physiques extérieurs de nos mémoires si utiles pour nos réflexions. Je dirais simplement, que tous ces nouveaux moyens ne sont que des outils comme les autres, juste un peu plus puissants, mais qu'il n'enlève rien à notre liberté d'usage, ni même de pensée. Au contraire. Mais j'entre déjà dans le débat sur ce sujet que je soutiens tout à fait pour une prochaine réunion. Je me permets même de proposer la date du 08 janvier car je pourrais participer à ce débat. En effet, je vis avec un pied en Normandie et un pied à Paris. Je suis, pour me situer, celui qui avait proposé le sujet "la philosophie peut-elle être utile à la politique?". Je participe au café philo de Trouville quand je suis en Normandie mais lorsque je suis à Paris, je participe à un autre café philo, dénommé sur internet "café philo des phares et compagnons", boulevard Saint-Germain. Le type de discussions y est tout à fait comparable bien que les participants, évidemment différents, apportent des "couleurs" autres aux débats. Mais on y trouve le même intérêt pour la réflexion et la même liberté de parole dans le respect les uns des autres. Voilà. Un bonjour à tous et à une prochaine rencontre.  

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2 décembre 2016 de Christian CARLE

 

SUJET :  La folie Internet (réflexion pour un prochain sujet)

 

 

Une fureur de communication s'est emparée du monde. Il y a 50 ans, avoir le téléphone était un privilège, et jusque dans les années 70, il fallait attendre deux ans avant de disposer d'une ligne. On partait travailler le matin en embrassant sa famille, et on se retrouvait le soir sans s'être donné des nouvelles de la journée : cela semblait naturel. Aujourd'hui, on en quitte pas son domicile sans avoir sur soi le précieux portable, et le lien avec le monde ne doit jamais être interrompu. Des fonctions d'assistance qui dépendaient de l'initiative des personnes deviennent la prérogative des appareils, à condition de savoir s'en servir, et l'on peut aussi bien dire que le monde est à votre disposition que vous êtes à la disposition du monde.

 

Car derrière un mode d'utilisation ludique( « il suffit d'un clic ») les jouets des nouvelles technologies cachent tout un système de contraintes. Pour s'en servir, il faut d'abord en apprendre la langue, une langue qui n'a rien à voir avec la langue naturelle et qui est bien plutôt une novlangue, constituée d'une forêt de signes, d'abréviations, de codes, de chiffres, qui ont tôt fait de saturer la mémoire. Certes, les précieux appareils sont eux aussi des mémoires, encore faut-il savoir où et comment aller chercher les données et pour cela faire appel à sa propre mémoire; le greffon que constitue ainsi la mémoire de l'appareil par rapport à sa propre mémoire vivante créé une dépendance qui a tôt fait de devenir une subordination, puis une servitude : il faut se constituer des listes (par exemple de codes d'accès et de mots de passe), puis des listes de listes, qu'on peut égarer, comme on peut égarer l'appareil - raison pour laquelle il est conseillé de sauvegarder les données contenues dans un appareil dans un autre, ou dans une « application ».

 

Les instructions que donnent ces appareils sont en réalité des ordres, régis par une logique rigoureuse : si vous voulez aller de A à C , il faudra passer par B, sinon l 'appareil se détraque; et ce sont des ordres que vous vous donnez à vous-mêmes, au lieu de les recevoir d'une autre personne; si les choses se passent mal, vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous, à votre défaut de compréhension, ou recourir à l'un de ces innombrables services (souvent payants) chargés de vous éclairer, mais dont la langue n'est en général pas plus claire que celle qui vous a conduit à faire une erreur.

 

Ces instructions n'ont que l'apparence de la logique. En logique, on déduit une chose d'une autre, et cette déduction est naturelle au cerveau humain. Mais la logique des appareils est autre chose, elle consiste à suivre un processus étape par étape, sans qu'il y ait entre ces étapes un lien de nécessité, et donc à dresser le cerveau à suivre une « logique » qui est celle de l'appareil, non la logique naturelle. D'où la nécessité d'une vigilance qui conduit à terme à un remodelage de la forme de pensée : ce n'est pas seulement le vocabulaire de la novlangue qu'il faut apprendre, en mettant de côté tous les acquis ou presque de la langue naturelle, c'est aussi sa syntaxe. En sorte que l'apparente aisance avec laquelle des millions de personnes maîtrisent cette novlangue, à commencer par les plus jeunes, relève en fait d'un conditionnement, par lequel on transmet à l'appareil le soin de penser à votre place, moyennant sa manipulation correcte.

 

Dans les processus intuitifs de la pensée vivante, il y a toujours plusieurs cheminements possibles, plusieurs pensées qui se présentent à la fois, plusieurs manières de les traduire, et le terme du processus, ce qu'on veut réellement exprimer, n'est pas forcément donné d'avance, et se constitue à mesure de la formulation. C'est ce qui fait de la pensée vivante une création, et à proprement parler une pensée. Au contraire, dans les processus automatisés des logiciels  (par ailleurs aussi compliqués qu'on voudra), la décomposition des processus étape par étape est donnée d'avance, et penser se résume à suivre les instructions et à comprendre la marge d'erreur incluse dans les ambiguïtés qu'elles contiennent, à savoir jongler avec les instructions.

 

Cette réduction de la pensée à un processus étape par étape n'est pas sans effet sur les

comportements,  ni sur l'organisation de la vie sociale. Au plan des comportements, on s'habitue à faire une chose pour une autre, et non pour elle-même, à fonctionner plutôt qu'à agir, on « se projette », on planifie son emploi du temps, on se programme. Au plan de la vie sociale, on voit se développer une organisation des services qui oblige à multiplier les démarches; là où elles étaient regroupées en un seul service (par exemple, commande/achat/règlement / livraison du produit), elles sont désormais scindées en plusieurs postes ou guichets, qu'il faut parcourir l'un après l'autre, la patience et la docilité avec laquelle la clientèle de ces services se prête à de telles procédures démontrant à l'envi qu'elles sont parfaitement intégrées.

 

Réduire la pensée à une mécanique bien faite et parfaitement transparente semble bien être en effet le projet des concepteurs d'internet. Les programmes sont conçus pour couvrir le champ entier des occupations et des préoccupations humaines. Quel que soit le champ requis, internet fournit une réponse, pour peu que la question soit correctement posée. Comme l'ambition d'un tel projet dépasse manifestement les capacités d'une machine, on a le sentiment très net, dès que l'on explore le détail du fonctionnement de ces appareils (web, windows, différentes versions de Google, modules d'alertes, de mises à jour, de surveillance des réseaux, de configuration, avec leurs listes et leurs colonnes d'informations cryptées, etc..) que les concepteurs de tels systèmes sont atteints de paranoïa, et que leur but est de provoquer chez les utilisateurs une paranoïa de même type. Avoir la main-mise sur la totalité de la complexité du monde, faire en sorte que rien n'échappe et que tout puisse rentrer dans l'appareil et y soit disponible - miracle d'autant plus grand que la « puce » qui contient cette totalité a la taille d'un ongle et peut encore être réduite -, tel semble bien être le défi d'internet.

 

Parce qu'internet fait tenir le monde dans une boite il fait de son utilisateur un individu-monde, disposant du monde entier. C'est le proto-individu de notre temps, l'individu connecté, et qui ne peut vivre sans être connecté, de même qu'un malade à l'hopital ne peut vivre sans les fils dont dépend sa survie. Branché sur le monde, il est à tout instant menacé d'être débranché, en cas de perte, de vol, ou de détérioration des appareils dont il dépend. Le sentiment de sur-puissance lié à la possession de ces appareils a donc pour contre-partie une impuissance bien réelle, à mesure que tous les services de la société s'informatisent et resserrent la dépendance de l'utilisateur, qui doit sans cesse mettre à jour son information pour les employer.

Un autre facteur d'impuissance est la prolifération des mondes et des individus-monde : si je sais tout sur le monde, le monde sait tout sur moi, mon adresse-mail, mon numéro de portable trainent partout, on peut accéder à mes comptes, lire mes mails, bloquer le fonctionnement de mes appareils par des virus, et la complexité des dispositions à prendre pour y parer vient s'ajouter à celle de l'utilisation normale. Finalement, le temps passé à résoudre les problèmes de fonctionnement, l'argent qu'il faut aussi prévoir d'y consacrer, compensent largement les facilités procurées par l'usage de ces appareils. D'abord réservé à des professionnels, cet usage devenu domestique fait de chacun un professionnel de la vie privée, qui doit mobiliser des compétences sans cesse accrues pour pouvoir correctement la gérer.

 

Dans toute société, il existe des formes de dressage, directes ou indirectes, en vue d'adapter et de normaliser les individus. De ce point de vue, l'invention d'internet est une réussite, car le dressage s'y présente avec toutes les apparences d'un gain de liberté et d'autonomie. Et il est frappant de voir avec quel engouement les populations adoptent cette invention, et avec quelle facilité elles apprennent les modes de pensée et les pratiques nouvelles qui lui correspondent. Les utilisateurs d'internet se nomment des internautes, et ce vocable, copié sur celui de cosmonaute, dit bien ce qu'il veut dire:embarquée dans une aventure qui les éloignent toujours plus des usages de l'ancienne Terre, les internautes regardent d'un œil attendri ceux qui ne le sont pas encore, et qui n'ont pas encore compris qu'il s'agit de créer une nouvelle planète, et un nouvel homme. Les fondateurs de Google, très impliqués dans ce qu'on appelle le transhumanisme et son projet de créer un « homme augmenté », eux le savent et ne s'en cachent pas.

 

Avec Internet, le règne de la pensée calculante, dont avertissait Heidegger, vient à son apogée. Il y aura encore place pour un temps pour d'autres modes de pensée, mais on peut prévoir à terme l'apparition d'un nouvel homme, au cerveau adapté à la logique binaire de l'informatique, et pour qui la langue d'internet sera devenu la langue normale.

 

On a souvent comparé la révolution informatique à l'invention de l'imprimerie, mais la comparaison ne tient pas. . L'imprimerie a diffusé l'écriture, elle ne l'a pas inventé, elle a seulement été un moyen plus commode de répandre et de conforter un mode de pensée qui existait déjà avant elle; tandis que l'informatique est réellement une révolution, tant dans les pratiques que dans les modes de pensée qui leur correspondent. Pour autant, on peut imaginer une solution médiane qui préserverait en partie l'identité menace de l'homme, sous la forme d'un homme scindé en deux: d'une part, un robot (plutôt qu'un roseau) pensant, d'autre part un être sensible et mû par des affects. Mais c'est alors la crédibilité et la spontanéité de ces affects qui serait en cause, et l'on en viendrait à se demander à laquelle des deux moitiés de l'homme on a réellement affaire. Et si une telle dualité était réellement possible, à la paranoïa de la maîtrise calculante viendrait encore s'ajouter la schizophrénie.

 

On aurait tort de minimiser l'impact d'une langue sur la formation des pensées et des conduites. A mesure que le jargon informatique se répand, il entraîne le déclin des langues naturelles, au moins de tout ce qui, dans les langues naturelles, n'a pas de caractère opératoire; plus précis mais plus pauvre, il est littéralement vide de sens, et il infléchit les mentalités à se satisfaire d'opérations vides de sens, mais qui effectuent quelque chose. Dans tout ce qui a eu cours jusqu'ici sous le nom de pensée, la pensée était irriguée par des affects, c'était d'eux qu'elle tenait son impulsion; dans le nouveau monde que prépare la révolution informatique, penser reviendra à combiner dans le silence des affects, avec toutes les conséquences de ce silence en termes de responsabilité pour le monde.

 

La société entre en mue. Face aux bouleversements prévisibles à venir, Internet prépare le terrain pour une adaptation rapide à des changements eux-mêmes rapides et de grande ampleur. Il est l'outil qui convient à une société qui a choisi de mettre en mouvement tout ce qui est fixe, et qui requiert désormais des individus réactifs et aptes à se maintenir dans le mouvement. Autant le livre portait à la lenteur et à la prise en compte du temps et de l'espace intérieur, à la prise en compte de l'intériorité de l'auteur comme de son lecteur, autant l'écran d'ordinateur est fait pour la réception et la transmission immédiate du message. Raison pour laquelle l'usage d'internet est si populaire auprès de ceux qui considèrent que la pensée est du temps perdu.

D'inspiration en principe démocratique, l'usage d'internet n'en conduit pas moins à de nouvelles formes de holisme, la participation virtuelle au tout du monde se substituant à la présence à soi; et le sentiment d'exister qui résulte de cette participation n'est pas essentiellement différent de celui qu'on éprouve à faire partie d'une foule et à éprouver sa puissance;.sans doute il fallait internet pour refaire du lien entre les individus menacés d'isolement dans les sociétés en panne d'idéologies de la fin du siècle écoulé, et de ce point de vue la révolution informatique est une invention géniale, qui dispensera peut-être d'une révolution véritable; il n'en reste pas moins qu'à trop ouvrir de champs à la liberté, elle risque de déboucher sur des leurres, dans la mesure où l'on y fait ce que tout le monde fait ou peut faire, et où l'on s'y découvre comme individu-lambda associé au grand carrousel du monde parmi tant d'autres, et non comme cet être personnel et unique que l'on aspire à voir reconnu. Dans ce trompe-solitude, la déception est la même que celle que l'on peut éprouver par l'adhésion à une organisation de masse ou à un parti ; on y est accueilli, mais sous réserve de les servir et de renoncer à sa personnalité. Si l'on en manque, on est trop heureux d'en trouver une d'emprunt et de servir la « cause » ; si l'on en a assez, on y perd son temps; et si enfin on en a beaucoup et de l'ambition à revendre, on se soumet aux règles de l'organisation et l'on y montre du zèle, pour mieux à terme en faire son instrument. Tel est à peu près le genre de service que peut rendre la connection à internet et à ses réseaux, selon l'état de sa personnalité et de ses forces.

 

L'image de la « toile », probablement créée pour signifier le maillage de l'information par l'entrecroisement des réseaux, est à cet égard révélatrice : dans une toile, on peut aussi s'engluer, plus on s'y agite, plus on s'y englue, et l'araignée (la surveillance totalitaire ?) n'est jamais très loin. C'est pourquoi il est recommandé de faire un usage prudent d'internet, et de laisser à d'autres l'illusion de la transparence et de la disponibilité intégrales du monde

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29 octobre 2016 de Marlene ZERKOVITZ

 

SUJET : Philosophie et politique

Bonsoir Je rentre d'une séance au café philo différente des autres? Le sujet traitait de la philosophie dans la politique; le débat était fort intéressant et mené par cinq participants compétents; ce n'était pas une prise de parole abusive, mais un échange soutenu et passionnant où chacun rivalisait ou complétait ce qui se disait. Rien à voir avec les séances où une prise de parole trop longue bloque ceux qui attendent leur tour de s'exprimer et empêche toute possibilité de rebondir, Cette fois nous étions spectateurs intéressés d'un débat de bonne tenue et fort instructif, donc absolument pas frustrant, car, pour ma part en tout cas, il y avait davantage d'intérêt à écouter qu'à parler. une fois n'est pas coutume. Merci aux acteurs de cet excellent moment.

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10 avril 2016

 

Nous avons la tristesse de faire part du décès le 16 janvier 2016 à l'Hopital Cochin de Dorothée Blanck, longtemps participante du café philo de Trouville. Née en Allemagne en 1934 de parents communistes, elle voit le jour en prison et a enfin trouvé refuge en France avec sa mère. Elle a été danseuse, modèle, actrice de cinéma et écrivaine.

 

Pour en savoir plus      https://fr.wikipedia.org/wiki/Doroth%C3%A9e_Blanck#cite_note-2

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9 avril 2016 de Annie LEFORT

 

Très intéressant...Ã lire et  à méditer...peut être un prochain sujet " café philo"?

http://www.schopenhauer.fr/fragments/solitude.html

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6 avril de Philippe TEMPLE

 

Une petite note de lecture

 

Il s'agit d'une chronique d'Aurélien Barrau parue le 30 mars dans le Monde. Le titre "la science, révolutionnaire par essence, exige l'humilité" annonce la nécessité de ne pas utiliser le paravent de la science pour faire passer, voire imposer, un point de vue en coupant court à des discussions peut-être hasardeuses. Une phrase le dit nettement : "aucune théorie n'est jamais prouvée en sciences de la nature". Pour cela, il faudrait un nombre infini d'expériences. Ce n'est pratiquement jamais le cas, on admet une théorie tant que la pratique ne la contredit pas, auquel cas il faut alors comprendre pourquoi. Une vérité scientifique n'est valable qu'à certaines conditions - l'eau bout à 100 degrés si la pression de l'atmosphère est normale, au sommet d'une montagne élevée il en est autrement. On ne peut donc pas utiliser les données scientifiques n'importe comment. Une grande attention doit guider leur utilisation. Ça peut devenir ennuyeux même fastidieux. Pourtant, une "exploration patiente et non dogmatique de tous les chemins... confère à l'édifice son élégance et sa robustesse". La prescription de la vérité n'est pas normative. Il faut, sans cesse, "l'interroger, la mettre en situation, la travailler, la déconstruire" et s'y plier lorsqu'on en a compris le domaine de validité.

 

L'humilité qui devrait être la règle en matière scientifique devrait également l'être pour le philosophe. Quoi de plus incertain qu'un système philosophique? Quelques principes semblent d'une portée générale, comme le respect de la personne humaine et de la vie. Les progrès des connaissances modifient la façon de comprendre ces principes et leur mise en application. Les notions d'organismes vivants ou d'espèce humaine, qu'on pouvait concevoir comme indépendantes il y a quelques centaines d'années, présentent des relations. Il y a une continuité entre les organismes vivants qui conduit à repenser la place de l'homme dans le monde, aux dépens d'une vision arrogante anthropo-centrée.

 

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11 février 2016 par Annie CHAZARD

 

Regardez cette vidéo sur YouTube : jubilatoire ...bon sens et philosophie ...un bon sujet pour le café philo ?????

http://youtu.be/4_auQl33TGc

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4 décembre 2015 par Daniele MACYK

au sujet du 28/11/15 "Qui est l'étranger ?"

 

Yvan

 

Le regard du jeune adolescent se posait comme halluciné sur le spectacle apocalyptique de son village dévasté. Là où se dressaient encore quelques instants auparavant de pimpantes maisonnettes, il ne restait plus que des ruines fumantes. Là où se trouvaient des habitants, pauvres paysans laborieux, sa famille, il ne restait plus qu'une grande excavation remplie de corps mutilés le visage encore ravagé par une peur qui ne voulait plus dire son nom. Des soldats l'arme à la hanche aboyaient des ordres gutturaux. Ceux qui étaient encore en vie, se demandaient s'il n'aurait pas été mieux pour eux de faire partie de la cohorte des suppliciés dormant à présent au sein de leur dernière demeure.

Puis les Schnell se firent de plus en plus pressants et de plus en plus menaçants. Ceux qui étaient encore en vie se mirent en route le dos courbé sous les coups douloureux qui leur meurtrissaient les côtes. Au loin, la fumée d'une locomotive s'élevait en attendant sa funeste cargaison. Les prisonniers se présentèrent enfin devant le convoi ferroviaire qui devait les conduire vers un ailleurs dont aucun ne connaissait encore la destination finale mais que chacun pressentait comme terrible.

Les camps, plusieurs en avaient entendu parler, dans chaque famille il y avait un ou des partisans qui tentaient de lutter comme ils le pouvaient contre l'envahisseur. C'était pour les autres, comment un si petit village pouvait-il être atteint par cette guerre qui hantait la conscience de tous ceux qui en partageaient le quotidien ? Tous avaient peur ! De cette peur viscérale qui leur rongeait les tripes et leur donnait envie de vomir. Personne n'était revenu pour raconter l'inracontable.

La chaleur était intolérable au sein du wagon à bestiaux surchauffé. L'ami d'hier devenait un redoutable prédateur luttant pour sa survie comme s'il avait été sûr de revenir vivant de cet enfer programmé. Les odeurs devenaient insoutenables, la soif se faisait terrible, la faim tourmentait cruellement même les plus aguerris des hommes. Des gamins pleuraient doucement, certains étaient encore tout juste sortis de l'enfance. Où se trouvaient à présent leur avenir, leurs espérances, leur vie ? Soudain, un long, très long sifflement, un crissement aigu de freins, des bruits de bottes et ces cris, toujours, ces cris. Ces derniers les accompagneront chaque heure, chaque jour. Jusqu'à quand ? La descente des wagons fut difficile. Les plus faibles tombaient sous les coups et abattus pour l'exemple. On marchait sur des corps. Était-ce celui d'un frère, d'un voisin ? Qui était encore capable de percevoir un sentiment, une compassion, quand pour soi-même l'instant présent ne possédait plus de réalité tangible. Je suis Yvan, je suis Yvan. Combien de fois ces mots furent martelés afin de ne jamais oublier qui on était encore. Son identité, son nom, c'était tout ce qui restait à ces hommes bafoués dans leur dignité et leur intégrité morale. Plus jamais cela... mais qu'en est il encore de nos jours ? La guerre, quel mot horrible inventé par l'homme pour se donner bonne conscience en tirant sans vergogne sur l'enfant et sa mère qui court sous les balles afin de le mettre à l'abri. Pourquoi faut-il à l'homme appuyer sa force et son pouvoir sur les plus faibles et exalter ainsi un sentiment de toute puissance ? Combien d'autres sont convaincus dans leur âme, de l'obligation au nom de l'obéissance, d'asservir l'autre ? Et moi, si j'avais eu le choix, qu'aurais-je fais ?

1945, la libération, les américains, la liberté, mais à quels prix, quels sacrifices ? Errements après errements, l'ancien prisonnier revient sur ce que fut sa vie, son passé, que sera son avenir dans ce pays qu'il ne connaît pas ? Il le fait en silence comme s'il avait honte d'être encore en vie alors que tant d'autres ne sont pas revenus. Parents où êtes-vous ? Pourquoi suis-je là, moi qui respire, parle, pense et ne réussit plus à oublier la faim oppressante qui mord les ventres ? La peur infecte empoisonnant lentement la conscience et ces regards, ces yeux dévisageant les vivants et les morts comme autant de reproches muets. La nuit est terrible; c'est là qu'ils reviennent hanter l'obscurité par leurs présences invisibles pour l'œil mais si terrifiantes par leurs vibrations Ô combien perceptibles.

Une rencontre, celle d'une femme, et par le miracle vibrant de la vie, la même nationalité, le même pays, elle aussi rescapée d'une guerre qui essaie d'oublier jusqu'à son nom. Justement, le nom Yvan va lui le donner comme un cadeau précieux, le seul qu'il possède encore et que personne n'a réussi à lui l'enlever. Pour les allemands, il était devenu Jan, les rares papiers qui étaient en sa possession restaient la seule preuve tangible de son existence. A l'usine, son courage et sa détermination lui valaient d'avoir un travail et de pouvoir nourrir sa famille, celle qu'il essayait de se reconstruire. Mais, comment devient-on un homme responsable lorsque l'on ne vous a rien appris ? Que l'on se retrouve dans un pays dont on ne connaît pas la langue et qu'il faut apprendre à y survivre malgré tout.

Une petite pièce pour seul nid d'amour au début, l'enfant qui vient trop vite et qui s'endort un jour de mai comme s'il ne voulait plus encombrer de sa frêle présence ce foyer si pauvre et si démuni. Anne-Marie, petit ange parti seul rejoindre ceux qui avaient déjà fait malgré eux le voyage sans retour.

Un autre lieu, d'autres enfants, d'autres responsabilités. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de chauffage. Il n'a que son courage Yvan, son épouse fait ce qu'elle peut avec presque rien, c'est leur seul bagage, mais qu'il est lourd ! Parfois, ses obsessions lui reviennent en force, la colère devient alors sa seule conseillère et il hurle, il frappe... sans réfléchir, douloureusement et cruellement.

Mon Dieu, que de détresse, de pleurs et d'incompréhension ! Qu'a t-il vécu dans un autre ailleurs pour faire subir cela a ceux qu'il aime ? Que lui a t-on fait subir ? Il ne sait plus quelles souffrances ni quelles violences l'ont accompagné pendant cette adolescence perdue. Pourquoi... pourquoi... répété comme un leitmotiv désespérant. Il ne regardera pas les visages ravagés de chagrin, il n'entendra pas les pleurs et les sanglots ravalés, non, il sera absent. Il utilisera ce semblant d'amnésie afin de protéger son mental, mais le pourra-il vraiment ?

Jamais il ne parlera vraiment de ce qu'il a vu, entendu ou vécu, ce sera son secret, et cette croix de douleur il la portera tout seul comme un pesant fardeau choisi avant de naître pour permettre à ceux qui partageant son incarnation pourront apprendre, comprendre, choisir, évoluer. Que d'incompréhensions dans une existence, que de non-dit, que de silences dévastateurs. Son pays, mais où est-il ? Pourquoi ne peut y-il pas y retourner, et pourquoi celui où il se trouve à présent ?

Son existence ? Il en fera une maison, sa maison, celle de sa vie et de sa mort. Il travaillera dur, très dur, afin d'offrir à chacun de ses enfants un avenir meilleur que celui qui fut le sien. Des études à qui le souhaitait, de l'argent si durement gagné à qui en manquait, de l'aide lorsque le besoin s'en faisait sentir. Il prendra en charge ses compatriotes les ramenant pendant un petit séjour dans leur pays leur permettant de retrouver un semblant de racines. Il sera même choisi pour porter le drapeau bleu et jaune symbole du blé nourricier et du ciel limpide de leur terre. Mais un jour, la maladie l'a rattrapé Yvan. Le tabac trop fumé, l'usine trop respirée, les soucis trop présents, les souvenirs récurrents ont eu raison de lui. Sa vie fut une longue agonie parsemée de joies, de fêtes, d'angoisses, d'expériences, de dons. Elle s'était arrêtée en 1942 dans un tout petit village et tout le reste ne fut que...

Père, ton dernier voyage, tu vas bientôt le faire de cette église à ce cimetière. Tu reposes là au milieu des fleurs représentées par ces gerbes amenées pour saluer ta mémoire. Les amis sont venus, les anonymes aussi. Tes compatriotes chantent cette messe que tu as si souvent entonnée pour d'autres. Cette maison que tu aimais tant, tu l'admireras encore une fois tout à l'heure, tu regarderas ton jardin, il était l'un des plus beaux, et, endormi dans ton sommeil d'éternité, tu seras grâce au hasard des lieux mais en sera t-il un, tourné vers eux dans ta veille silencieuse.

La vie ne t'a pas épargné, et en naissant sur cette terre, tu n'as pas choisi la meilleure part. Pourtant, vaillamment, tu as tracé ta route partant d'un petit village d'Ukraine où tu avais vu le jour, transitant d'un camp de travail allemand pour un autre village de Lorraine où tu as posé tes valises. Mais qui t'a aidé à les porter ? Lorsque l'on est encore un tout jeune adolescent ( tu n'avais que 15 ans ), et que l'on pense à ce que pourrait être son avenir, on ne peut imaginer que la guerre qui heurte tant les hommes et les consciences nous sépare à jamais de tous ceux que l'on aime. Pourtant, c'est ce que comme tant d'autres tu as vécu. Déraciné, tu as du enfoncer à nouveau une à une ce qui te restait comme racines dans une terre nouvelle qui t'était totalement inconnue. Et dire que tu venais manger le pain des français ! Nous, tes enfants, combien l'avions nous entendu cette phrase, nous qui étions nés en France ?

Patiemment, tu as mélangé ta peine et ta sueur à celle de tant d'autres déracinés comme toi. Cette vie, tu as dû la construire dans un autre pays et tu es devenu un immigré. Aujourd'hui, les gens prononcent ce mot avec dédain mais que savent-ils parfois de leurs lointaines origines ? Toi tu étais fier d'être ukrainien et tu nous a rendu fiers, nous tes enfants d'être de cette terre. La vie ne t'a pas été facile et tu n'as pas été facile non plus. Tu as toujours voulu le meilleur pour nous et pour toi. N'épargnant ni tes efforts ni ta fatigue tu t'es dévoué pour l'acier à l'usine et le bois dans les forêts. Tu avais le goût du travail bien fait et tant qu'une tâche ne te paraissait pas parfaite tu remettais sur le métier ton ouvrage.

Tu ne voulais pas faire pitié, ni faire honte surtout. Aujourd'hui, tu nous quittes, mais tu nous laisse tant de souvenirs. Cette maison à laquelle tu rêvais tant tu l'as construite à ton goût remettant brique après brique, pierre après pierre jusqu'à ce que ses fondations soient suffisamment solides pour tous nous abriter. Ces valises que tu as posées un jour de l'année 1946 en Lorraine, tu as voulu qu'elles possèdent un endroit où se ranger. Dans cette terre qui t'a adopté, tu as mélangé ta peine et ta sueur et tu en as fait un jardin extraordinaire digne des produits qu'il te proposait. Chaque année, il offrait aux regards une profusion de légumes et de fleurs épanouis et leur camaïeu de couleurs multicolores ravissait les yeux de ceux qui passaient devant ton éden. Lorsque tu t'asseyais à l'ombre du cerisier que tu avais planté, tu fumais lentement ta cigarette et tu te mettais à chantonner des airs de ce pays jamais oublié. Alors, si nous avions ouvert nos oreilles à ce moment là, nous aurions entendu leurs chants qui se mêlaient à l'unisson de ta voix et c'était peut être cela pour toi le paradis. Ta maison était ouverte à tous ceux qui en franchissaient le seuil car tous, Ukrainiens ou pas, savaient qu'ils étaient toujours les bienvenus. Jamais tu n'as regretté ni ce que tu offrais ni ce que tu donnais avec grandeur et fierté. Oui tu étais fier de de que tu possédais. Tu nous disais en nous montrant tes mains marquées par le travail et usées par les efforts : c'est grâce à elles que j'ai tout cela, personne ne m'a aidé et, dans ces mots, il y avait tout l'orgueil du monde mais sans ostentation car tu vivais simplement ton rêve américain. Tu aimais la fête et rassembler des compatriotes autour de toi. Lorsque vous entonniez à pleine voix les chants issus de là-bas, vous le faisiez avec tant d'ardeur que notre imagination nous entraînait dans les plaines d'Ukraine, nous devenions cosaques et nos pieds chaussés de bottes rouges se levaient pour danser, nos cheveux se paraient de couronnes de fleurs et de rubans multicolores et nos corps se couvraient de vêtements brodés tous plus beaux les uns que les autres.

Tu étais né Yvan, mais pour mieux te fondre dans ce pays d'accueil tu es devenu Jean. Quelle différence, n'est ce pas ? Ce que tu fus dans ton âme tu le resteras à jamais. À présent, lorsque nous lèverons les yeux lors de belles nuits d'été, nous verrons briller une nouvelle étoile qui sera bien sûr postée à l'Est comme pour nous dire : n'oubliez jamais d'où vous venez. Ton âme va rejoindre celle de ta mère, tu nous en parlais si souvent. Tu ressemblais alors à ce petit enfant sevré trop vite et qui gardait au fond de lui la nostalgie d'une vie enfouie dans une terre mouillée du sang des martyrs. Dorénavant, c'est dans le silence de nos cœurs que tu nous parleras. Bon vent père, tu vas à présent retrouver celle que tu n'as jamais oubliée, ta zemla, ta terre.

Enfin, le cortège s'élance doucement. Les drapeaux aux armes de l'Ukraine et des confréries de régions claquent lentement sous le ciel d'un mois de février froid et venteux. Yvan va rejoindre ce que l'on appelle pudiquement la dernière demeure. Son âme sait exactement où elle se trouve. Une poignée de terre ramenée de son village natal recouvre simplement son histoire. Chacun de ceux qui ont quitté leur pays à cause de la folie des hommes jettent sur son cercueil un pan de leur vie. Ce mélange minéral représentant tout un patrimoine lui appartient désormais pour l'éternité. Cette coutume nous fait prendre conscience que nous ne sommes en fait que poussière et que c'est ainsi que nous retournerons vers la vie.

Yvan est en paix, et, là devant le trou béant qui vient d'accueillir son corps, c'est l'hymne à la joie qui s'élève désormais.

 

1927 -------------------- 2006

 

Pour tous ces hommes et ces femmes qui par la force des événements brutaux se sont trouvés dans l'obligation de fuir leur pays pour trouver la sécurité dans un autre pays mais avec toujours au fond de leur mémoire l'envie lancinante d'y revenir. C'est mon histoire.... et la sienne, mon père.

 

Daniele.

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    23 novembre 2015 par Michel CHAZARD 

     

    Projet de présentation
    Bonjour à toutes, et tous. Le sujet que j'aimerais aborder est le suivant: Darwin a t' il eu tort d'avoir raison? Plusieurs d'entre nous semblent avoir apprécié le sujet, mais accordez-moi le temps suffisant pour tenter d'y répondre le mieux possible. J'ai quelques idées, mais peu de temps actuellement. Amitiés. Michel CHAZARD J'ai des idées.....

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    16 octobre 2015 par Marlène ZERCOVITZ

     

    Samedi 3 Octobre nous avons parlé de la chance, sujet tiré au sort, comme chaque fois que le programme indique "sujet libre". Le débat était riche et animé; beaucoup de choses dites et encore à dire : c'est tout l'intérêt du café-philo qui pose les problèmes, amorce des réponses et étaye la réflexion personnelle de chacun. Je ne ferai pas là un rapport de la séance; j'ai juste envie de dire que nous avons à TROUVILLE depuis quelques années, un café philo qui fonctionne, avec un nombre de participants honorable, et renouvelé. Ce site a été créé pour prolonger la participation, et permettre à qui le souhaite de commenter, apporter des éléments nouveaux, en s'exprimant autrement qu'oralement et en public. C'est aussi une chance. Or, je n'ai encore lu aucun commentaire : Y en a-t-il eu? si oui, le filtre est-il trop fort? Si rien n'apparait rapidement, attention de ne pas perdre de vue cet outil qui a été souhaité. J'aimerai lire cette tentative d'intervention et avoir des réactions, sinon le désintérêt risque de gagner. Merci à vous et à bientôt le plaisir de lire ce qui rendra ce site fréquentable( = que l'on a envie de fréquenter). Avant d'écrire des COURS il faut d'abord se lancer et permettre aux moins bavards de s'exprimer : c'est mon opinion qui ne demande qu'une réaction, quelle qu'elle soit.

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