La morale est-elle naturelle ?

June 10, 2017

La morale a longtemps été sous la dépendance de la religion ; comme ce n’est plus le cas en Occident aujourd’hui, il faut lui trouver un fondement ailleurs, soit dans les prescriptions de notre conscience, soit dans des commandements de la raison, soit enfin dans la discussion avec nos semblables afin de convenir du meilleur parti à prendre. Si la morale est naturelle, nous sommes sauvés, et il suffit d’écouter la voix de la nature en nous ; c’est la voie suivie par Rousseau et par Schopenhauer, qui repose sur une capacité naturelle d’empathie. Nous répugnons à la souffrance d’autrui, et nous sommes spontanément portés à lui prêter assistance ; cette morale ne va pas jusqu’au sacrifice, et la conservation de notre être reste notre premier devoir, mais elle est résumée toute entière par la formule : fais ton bien avec le moindre mal pour autrui. Cette prescription est conforme à la nature, et suivie par les animaux eux-mêmes dans leurs rapports avec leurs semblables.

 

Toutefois en société la voix de la nature est souvent étouffée. La sensibilité doit être éclairée, le coeur n’est pas un guide sûr, ses motivations sont obscures. Il faut donc se rabattre sur la raison, elle-même appuyée sur la logique. Cela donne la maxime : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse, ou l’inverse : fais à autrui comme tu voudrais qu’il te fasse. Toutefois la réciprocité suppose l’égalité, et la formule est juste, mais trop générale. Moins toutefois que la maxime de Kant : fais en sorte que la règle de ton action puisse être érigée en maxime universelle. Car qui décide de l’universalité de la maxime ?

 

Reste la discussion. On retourne la question sous toutes ses faces jusqu’à un accord sur la décision à prendre. Dans ce cas, l’universalité est perdue, au mieux approchée, mais c’est ce qu’on peut faire de mieux, dans le cadre d’une discussion bien menée. Toutefois, cette solution pragmatique échoue dans la cas de dilemmes moraux où il faut simplement trancher sans garantie : faut-il sauver la mère ou l’enfant ? Vaut-il la peine d’engager la vie de nombreux otages pour effectuer un acte de résistance ? Ici la discussion serrée ne donne pas la réponse, et la seule logique est impuissante ; la décision se prend par-delà la morale, dans la solitude de la conscience, et à ses risques et périls.

 

On voit donc que s’il existe une morale naturelle, elle ne peut tout régler. Elle exprime la sagesse d’un groupe, ce qu’il faut faire pour que le groupe survive, mais on peut avoir raison seul contre tous, ou bien il peut se faire que ce soit les conséquences seules qui décident qui a raison , indépendamment de tout principe moral. L’incertitude morale est donc la règle, dès que la situation se complique. Elle est palliée en partie aujourd’hui par le droit, et surtout par les droits de l’homme. Les droits de l’homme sont des droits moraux, des droits qui tendent à devenir de la morale. Réputés universels et valant pour tout homme, ils conjuguent l’obligation d’obéissance qui est celle du droit et la libre adhésion des consciences, ils sont contraignants, mais au sens où la morale contraint, on ne peut que les vouloir. Et c’est ainsi que se résoud pour l’instant la crise de la morale, au profit du droit , et en espérant qu’à terme l’adhésion aux droits de l’homme pourra tenir lieu de morale naturelle.

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