Qu’est-ce que le peuple ?

October 28, 2017

Le mot « peuple » devient pour la première fois une notion politique dans la bouche des révolutionnaires de 89 : le peuple, c’est le Tiers-état, les aristocrates ne font pas partie du peuple. Ils le revendiquent d’ailleurs, étant d’une autre extraction que le commun, des « sang-bleu ». Et ils ne peuvent en faire partie que moyennant le renoncement à leurs privilèges, et en acceptant d’être des ci-devant, des citoyens. Le peuple, c’est donc la communauté des citoyens. Jusque là, le terme de peuple avait surtout une connotation ethnographique, c’était l’ensemble des gens vivant sur un même territoire, et partageant des traits culturels, mais aussi naturels  la (« race »). A partir de 1789, et surtout de 1792, le peuple, c’est la nation, le corps des citoyens unis par un même projet politique. Et l’unité de ce corps politique se fonde dans la défense de la nation, par la levée en masse contre l’envahisseur, à Valmy.

 

Au 19éme siècle, le terme de peuple reprend sa connotation restrictive de 89 sous la plume des révolutionnaires de l’époque : l’opposition devient celle du peuple et des bourgeois, les nouveaux privilégiés ; le terme est exalté par les uns (le « peuple des travailleurs ») et dévalorisé par les autres ( le « petit peuple », le « bas-peuple ») ; bien que cette opposition persiste aujourd’hui dans le langage de la gauche révolutionnaire, il est néanmoins admis généralement que tous ceux qui ont la qualité de citoyens sont membres du peuple, bourgeois compris. C’est qu’il ne peut y avoir deux peuples en un, celui des riches et celui des pauvres, et que l’unité de la nation implique qu’on passe outre aux différences.

 

Bien que le peuple soit la communauté des citoyens, il inclut tous ceux qui, n’étant pas encore citoyens, ont vocation à le devenir (femmes avant le droit de vote, enfants de citoyens) ; et on peut considérer qu’il inclut toutes celles et ceux qui, bien que n’ayant pas la nationalité, se sentent membre du peuple parce qu’ils en partagent les valeurs et résident sur le territoire. On est membre du peuple par droit de naissance (les français « de souche »), mais on l’est tout autant et plus par l’adhésion à ses valeurs, et les étrangers qui pendant la guerre combattirent l’occupant allemand peuvent être tenus pour faire partie du peuple français.

 

Aujourd’hui, la notion de peuple, en tant qu’elle est liée à celle de nation, est controversée, et l’on parle d’identité supra-nationale, de citoyenneté européenne ; de plus, le poids croissant d’une population immigrée porteuse de valeurs différentes laisse craindre à certains une perte de l’unité et de l’identité du peuple. Bien que ces craintes ne soient pas à prendre à la légère, et que le lien du peuple à la nation tende à se défaire, il faut affirmer qu’il existe bel et bien un peuple français distinct de tous les autres, à la fois par son projet républicain, et par des traditions culturelles qui lui sont propres, dont la valeur est reconnue, et dont beaucoup sont inimitables. Et il faut être fier d’appartenir à un tel peuple

et l’aimer assez pour le défendre.

 

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