« Il y a plus de différence d’homme à homme que d’homme à bête » (Montaigne)

December 2, 2017

Quand nous voyons un animal, nous le reconnaissons pour ce qu’il est : un animal. Ensuite, il est tout à fait possible que nous le maltraitions, et que nous lui refusions la qualité d’être sensible, capable de souffrir ; du moins reste-t-il à nos yeux un animal. Par contre, quand un homme rencontre un autre homme, il peut se faire qu’il nie son appartenance à l’humanité commune, et qu’il le traite pire que ce que nous faisons aux bêtes. C’est dans ce sens que doit s’entendre la phrase de Montaigne : la différence d’homme à homme n’est pas naturelle, elle est instituée par le regard que nous portons sur lui.

 

C’est précisément parce qu’il y a moins de différence d’homme à homme que d’homme à bête, et que de toute évidence tous les hommes appartiennent à la même humanité que certains s’acharnent à refuser l’humanité à d’autres, et pour la même raison que nous refusons la qualité d’être sensibles aux bêtes : pour mieux les dominer et les asservir. Si, comme le croyait l’antiquité et comme le croient tous les peuples primitifs, les animaux avaient une âme, il deviendrait difficile de les manger et de les persécuter de toutes sortes de manières : ce serait un péché mortel. De la même façon, les hommes que nous voulons asservir doivent d’abord être dépouillés de leur humanité : ils n’ont pas d’âme, ils ne parlent pas vraiment, ils n’ont pas de culture, ce sont des sauvages, des barbares.

Tel fut le regard porté par Colomb sur les indiens d’Amérique, et tel est le regard porté aujourd’hui par les islamistes sur les occidentaux qu’ils envisagent de massacrer. La religion concourt puissamment à former un tel regard, et les idéologies en général : quiconque ne les partage pas ne mérite pas de vivre.

 

La différence est la caractéristique première de l’humanité, et elle nait de la culture, de l’aptitude humaine à développer des solutions infiniment variées aux contraintes d’adaptation à l’environnement. Pour autant, la différence n’abolit pas la ressemblance, et même elle en est le signe : c’est parce que nous appartenons tous à l’humanité que nous sommes aptes à développer des solutions culturelles originales. Percevoir ce lien entre la différence et la ressemblance est difficile, et beaucoup n’en sont pas capables ; on parle alors de « race », ‘d’ « étranger », de gens qui ne sont pas « comme nous ».. et il est beaucoup plus facile de sympathiser avec des animaux avec lesquels nous partageons d’emblée certaines attitudes élémentaires, la faim, le besoin de mouvement et de repos, le besoin de jeu, la recherche d’un partenaire sexuel, etc.. , même s’il va de soi que cette proximité n’est pas possible également avec tous les animaux.

 

C’est cependant avec les hommes qu’il faut d’abord s’entendre, même si c’est parfois harassant ; en sorte qu’il faut postuler, en dépit des démentis de l’expérience, qu’il y a moins de différence d’un homme à un autre qu’entre un homme et n’importe quel animal.

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