L’histoire a-t-elle un sens ?

March 3, 2018

Il est problématique de parler d’un sens de l’histoire comme si ce sens pouvait nous être révélé et être connu d’avance. En tout état de cause, ce sens ne peut être connu qu’une fois l’histoire achevée ;  si ce sont bien les hommes qui font l’histoire, le sens se construit à mesure qu’ils la font, qu’ils s’efforcent de lui en donner un . Les choses ont un sens quand elles n’ont pas été faites en vain, qu’on en voie le fruit ; bien que l’histoire ne soit pas exactement cumulative, qu’on observe des stagnations et même des reculs, on constate qu’au moins dans certains domaines la transmission se fait, que les générations suivantes héritent des efforts de leurs ainés. Cela parle en faveur d’un sens de l’histoire, à la fois comme direction suivie et comme signification morale.

 

Le sens de l’histoire repose sinon sur la croyance, du moins sur la conviction qu’un progrès est possible, avec et même malgré la volonté des hommes ; des conquérants satisfont leur ambition personnelle, mais laissent des traces durables dans les institutions et la culture, des guerres font progresser le droit. Il y a donc des signes que certaines tendances sont à l’œuvre dans l’histoire, qui vont dans le sens d’un mieux ; sans de tels signes, il serait vain de persévérer, de prendre des initiatives, paroles, actions, qui à l’échelle de l’histoire n’ont qu’une importance infime, mais dont on doit pouvoir présumer qu’elles feront leur chemin. Métaphysiquement, le sens de l’histoire repose sur cette espérance, sinon, mieux aurait valu ne pas sortir de la nature, qui à sa façon fait bien les choses ; c’est parce que les hommes pensent ajouter à la nature qu’ils se lancent dans l’aventure d’une histoire.

 

On ne peut guère contribuer qu’indirectement à l’histoire universelle, laquelle représente un fouillis inextricable d’histoires locales ; mais on doit présupposer une cohérence entre ce qu’on fait à son échelle et une histoire plus vaste, présupposer qu’en travaillant à s’émanciper et en y encourageant, on travaille à l’émancipation de l’humanité ; l’alternative étant que tout ce qu’on a entrepris ne mènera nulle part, et qu’on n’a travaillé que pour soi-même.

 

Une pensée progressiste ne néglige pas le risque que l’histoire n’ait pas de sens, bien au contraire : c’est parce que ce risque existe qu’il faut tout faire pour le surmonter ; elle ne dit pas que le but est atteint, ne s’attarde pas aux réussites, elle dit seulement qu’on peut l’atteindre. On peut juger naïve cette foi en l’homme, qui a pourtant le courage de ne pas s’incliner devant les faits et de résister au pessimisme. Elle affirme que le sens n’est jamais gagné, jamais définitif, et que le sens de l’histoire est un combat.

Please reload

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now