Peut-il y avoir une violence légitime ?

May 5, 2018

Qu’est-ce que la violence? Et que veut dire « légitime » ? La violence est un abus de la force. La force qui s’oppose à une résistance le fait de façon proportionnée et maîtrisée, la violence dépasse le but et cède à une impulsion agressive ; toutefois, il peut y avoir une violence froide, calculée, par ex pour dissuader une opposition éventuelle ; le passage de la force à la violence peut se faire en fonction de la résistance, par ex face à une opposition intraitable. Dira-t-on alors qu’elle est légitime ? Oui et non. Elle l’est si elle est justifiée, s’il n’y a pas d’autre moyen de venir à bout de la résistance, et si celle-ci n’est pas légitime. Elle ne l’est pas du point de vue de la conscience, ni du droit, qui l’un et l’autre la désavouent.

 

Est légitime ce qui est juste. Ce qui est juste s’apprécie du point de vue de la conscience, mais pas seulement : L’État qui recourt à la violence pour imposer la paix publique en cas de troubles graves le fait légitimement, en vue de l’intérêt général.

 

Le légitime se distingue du légal : est légal ce qui est conforme à la loi, mais la loi peut être injuste. On fait valoir alors un droit de désobéissance ou de résistance légitime. La violence n’est jamais légale, le droit s’y oppose. Seul l’État a le monopole de la violence légitime, pour assurer l’ordre public et la sécurité du pays (ce qui signifie qu’en cas de nécessité, l’État peut transgresser son propre droit). Le fondement de cette violence légitime est le droit de se défendre, la légitime défense : L’État garant de l’ordre public et de la sécurité se défend et défend les citoyens , contre un ennemi extérieur ou intérieur Un individu peut se défendre de la même manière, si sa vie est menacée ; c’est légitime, sans être pour autant légal( du moins en France).

 

Le problème de la légitimité est qu’elle relève en dernière instance de la conscience, laquelle n’est pas infaillible. Il peut y avoir conflits de légitimités, sauf si tous - ou une écrasante majorité- sont d’accord ; ainsi une révolution est légitime si elle réussit, et si on s’accorde sur ses bienfaits ; la République est légitime, la monarchie aussi ; mais la République bénéficie d’une légitimité supérieure, car sous une monarchie, le consentement général est plus ou moins extorqué.

 

Un critère marginal pour apprécier la légitimité est l’efficacité : pour une fin bonne, des moyens violents peuvent être appropriés. Il faut être sûr que la fin est bonne, et que les moyens sont réellement efficaces. En ce qui concerne les violences déployées lors des manifestations du 1er mai par les « black blocs », on peut en douter : si la fin est de renverser la capitalisme, ces moyens sont des égratignures ; et si ces moyens ont pour but d’alerter l’opinion, ils risquent surtout de la retourner contre ses auteurs.

 

Il y a donc des violences légitimes, à ceci près qu’elles ne le sont jamais pour ceux qui en pâtissent.

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