Rousseau, l'éternel incompris

Christian Carle 5 août 2022



Je ne vais pas analyser en détail l'oeuvre de Rousseau, mais je l'évoquerai à partir de sa vie, qui vaut un roman.

La carrière philosophique de Rousseau commence avec l'écriture et la publication du «Discours sur les sciences et les arts», en 1749. Il a alors 37 ans et il vit à Paris depuis 7 ans sans parvenir à trouver sa voie, en faisant ce qu'on appellerait aujourd'hui des petits boulots, précepteur occasionnel, copiste de musique.

Une anecdote célèbre connue sous le nom d'«illuminations de Vincennes» rapporte comment l'idée du livre lui est venue: il était sur la route de Vincennes, pour rendre visite à son ami Diderot emprisonné à la Bastille, et il s'était assis sur un banc pour lire une gazette, quand il tomba sur l'annonce d'un concours littéraire organisé par l'Académie de Dijon( un peu l'équivalent de notre académie Goncourt actuelle) dont le sujet était: « si le rétablissement des sciences et des arts a contribué au redressement des moeurs» ; un émoi le saisit, une grande agitation, il fond en larmes, il comprend que le sujet est pour lui; dans les jours qui suivent, il écrit son discours, l'envoie, et gagne le concours; la nouvelle se répand, du jour au lendemain il passe du statut d'invisible à celui d'homme célèbre, la bonne société se l'arrache, on veut le voir; une nouvelle vie commence pour lui, celle d'auteur en vue.


C'est à la fois une chance et le début de tous ses malheurs, comme il l'écrira plus tard. Une chance évidemment, qui lui ouvre les portes de la bonne société et met un terme à sa vie de marginal ; et le début de tous ses malheurs, car à la question de l'Académie de Dijon Rousseau a répondu dans les termes les plus nets par la négative, ce qui le met en froid non seulement avec Diderot, qui l'avait associé à la rédaction de son Encyclopédie en lui confiant la rédaction d'articles sur la musique, mais aussi bien avec tous les collaborateurs de l'Encyclopédie, D'Holbach, Voltaire, D'Alembert, Helvétius, car le projet de l'Encyclopédie est bien évidemment tourné vers la promotion des sciences et des arts (rappelons qu'il est notamment question d’établir le catalogue raisonné de toutes les inventions techniques issues de la Renaissance).


Cela n'empêche pas le succès du livre, mais- ce qui n'est pas très clair sur le moment-, c'est un succès mondain; le livre est sulfureux, heurte de plein fouet l'opinion dominante de la bonne société parisienne, mais justement cette audace plait, et il est lu comme une curiosité plus qu'il n'est pris au sérieux.

C'est cette ambiguité qui va faire le début des malheurs de Rousseau:

il croit être compris et il ne l'est pas, sauf, comme on le verra par la suite, de quelques membres de la haute société aristocratique qui ont l'esprit assez large pour lui prodiguer son appui, tels Mme d'Epinay ou le maréchal de Luxembourg.


Pour l'instant, la collaboration avec les Encyclopédistes n'est pas rompue, mais il apparaît déjà qu' elle repose sur un malentendu qui va s'approfondir en divorce: Rousseau n'est pas un homme des Lumières, il ne croit pas au progrès.

C'est ce qui va se préciser avec la parution de son second livre, le «Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes» dont la thèse de la deuxième partie est que l'inégalité allant toujours croissant, la société ne peut qu'aller de mal en pis et de révolution en révolution ,jusqu'à sa dissolution finale. Le succès du livre est foudroyant, pour les mêmes raisons qui ont fait le succès du premier, mais cette fois c'en est trop: Voltaire l'accable, la rupture avec Diderot et les Encyclopédistes est consommée.

C'est un tournant dans la vie de Rousseau.

Il comprend qu'il n'a rien à voir avec la caste des intellectuels parisiens et il décide de se retirer à la campagne, à Montmorency. Il change de vie, lui qui fréquentait les salons choisit la solitude et une vie de quasi-ermite ; invité à se présenter devant le roi, qui avait goûté sa musique, un intermède musical de son crû intitulé «le devin de village» ce qui lui aurait valu une pension, il refuse, ne veut rien devoir à personne , il continuera à gagner sa vie comme copiste de musique; n'ayant plus à paraître, il change aussi d'apparence, abandonne toilette et perruque, se revêt d'une livrée de domestique.

Son départ de Paris, loin d'apaiser le persiflage contre lui, nourrit une cabale, on lui prête de fausses déclarations auxquelles Voltaire, devenu son ennemi juré, ne dédaigne pas de mettre la main, il est accusé faussement d'entretenir une liaison avec une amie intime de Mme d'Epinay, plus tard on fera des gorges chaudes de l'abandon de ses enfants à l'hospice.

Impuissant à faire face aux accusations dont il est l'objet, le caractère de Rousseau change, le sentiment d'être incompris tourne à la maladie de persécution; surtout- et c'est là un trait typique de sa personnalité qui durera toute sa vie-, il éprouve le besoin de se justifier, de répondre aux accusations; et c'est ainsi qu'il se trouve entraîné dans l'engrenage de l'écriture et contraint d'écrire livre sur livre, lui qui avait écrit son premier ouvrage comme par distraction et sans croire à sa vocation littéraire.


C'est en ce sens précis que Rousseau est notre contemporain: il est faible face à la puissance de l'opinion publique, il se croit tenu de répondre.

C'est un homme du peuple, qui n'a pas de caste pour le soutenir, et c'est un homme du peuple qui est sorti du peuple sans pouvoir entrer dans la classe dominante; autrement dit, il est seul, d'une solitude qui le rejette dans l'écriture, une écriture qui l'enferme dans la solitude et dont il ne peut pourtant se passer; et cette solitude de Rousseau est extraordinaire quand on pense au destin de son œuvre après sa mort, non seulement son influence sur la révolution française mais sur toute la conception moderne de l'éducation, et aussi bien sur la sensibilité romantique et le roman moderne. Aucun homme n'aura été plus seul de son vivant ni plus honoré mort, et aucun plus que lui n'aura contribué à l'accouchement de la modernité.


Mais reprenons le cours de sa vie. Il profite de la solitude de Montmorency pour écrire deux bombes, «Le contrat social» et «L'Emile»,qui sont aussitôt condamnés tant par le gouvernement que par l'Eglise.

«Le contrat social» est un projet de réforme des institutions politiques, il y est dit pour la première fois que la souveraineté appartient au peuple et que le seul gouvernement légitime est la démocratie; «L'Emile» est un projet de réforme de l'éducation qui met pour la première fois l'enfant au centre du dispositif éducatif.

Les deux livres font scandale, cette fois Rousseau n'est plus un réprouvé, c'est un paria; décidé de prise de corps, il doit fuir; il choisit de rentrer dans sa patrie, à Genève, non sans avoir pris la précaution de revenir à la foi protestante qu'il avait abjuré du temps de sa protectrice de jeunesse, Mme de Warrens; mais là-bas, une mauvaise surprise l'attend, à Genève on ne veut pas de lui, car on ne veut pas se brouiller avec la France, ni avec Voltaire qui s'est installé non loin, à Ferney, et avec lequel la ville entretient des liens culturels et commerciaux (Voltaire dirige une entreprise florissante à Ferney).

Rousseau fait demi-tour et passe à Berne, qui dépend de Frédéric II, lequel lui accorde l'asile; chassé du village de Motiers où il a trouvé refuge par les intrigues du curé du coin, il se réfugie sur l'île Saint-Pierre, sur le lac de Bienne; pendant les deux mois où on l'y laisse tranquille, il y passe, selon ce qu'il rapporte dans les «rêveries du promeneur solitaire» les meilleurs moments de sa vie, loin de la fureur du monde, à se promener dans la nature et à herboriser.

Expulsé à nouveau, il rentre en France sous un nom d'emprunt et passe quelques temps à Paris au faubourg du Temple, qui bénéficie alors de l'exterritorialité, avant de gagner l'Angleterre à l'invitation de David Hume; il va y rester plus d'un an, mais les relations des deux philosophes se gâtent, Hume n'a rien d'un persécuté, c'est un bon vivant, les deux hommes se brouillent; Rousseau rentre en France, et ne sachant où aller mène une vie errante, séjourne un temps dans le Dauphiné avant de rentrer à Paris, où la protection du prince de Conti lui permet de surseoir à la prise de corps.


Sa santé mentale se dégrade, il tente en vain de publier un libelle pour encore une fois se justifier aux yeux de ses contemporains, et finalement en recopie à la main un résumé en 80 exemplaires qu'il distribue dans la rue aux passants (il faut avoir lu son écrit «Rousseau juge de Jean-Jacques» pour comprendre à quel degré de sentiment de persécution universelle Rousseau à cette période de sa vie est tombé); il ne doit d'échapper à la plus complète déréliction et à une forme aigüe de paranoïa qu'à l'entremise du marquis de Girardin qui lui propose de l'héberger dans sa propriété d'Ermenonville.

C'est là, dans la paisible retraite qui lui a été aménagée, qu'il va couler les deux années qui lui restent à vivre; et c'est là qu'il décède, en 1778, probablement d'une crise cardiaque, et que se trouve son tombeau, qui porte l'inscription «Vivre pour la vérité». 11 ans plus tard, la révolution éclate, qui va faire de lui le grand homme que nous révérons aujourd'hui; bientôt ses cendres seront transférées au Panthéon, et placées à côté de celles de Voltaire, son plus grand ennemi, un choix qu'on peut qualifier d'ironique, mais qui exprime à merveille les contradictions qui n'ont cessé d'agiter la France et qui l'agitent encore aujourd'hui.

Le parcours de Rousseau illustre l'adage selon lequel on ne peut avoir raison avant l'heure.

C'était un autodidacte, et sans l'appui de quelques aristocrates auxquels on doit rendre hommage, le Maréchal de Luxembourg, Malesherbes, le prince de Conti, Mme d'Epinay, le marquis de Girardin, appui qui n'était pas entièrement toutefois désintéressé car l'hostilité à la monarchie était encore vivace dans l'aristocratie, Rousseau n'aurait eu aucune chance.

Mêlé à un milieu qui lui était étranger, il eut tout loisir d'en observer les vices et de les porter au compte d'une société déréglée et gouvernée par les passions tristes; on peut y voir le ressentiment d'un déclassé, mais sa critique visait juste et elle fut comprise comme telle, raison pour laquelle on s'en fâcha; s'il fallait retenir un trait de son caractère, ce serait la recherche de la sincérité et de la vérité du cœur, en quoi il est resté toute sa vie le chrétien qu'il avait été dans sa jeunesse; s'il n'avait été qu'un écrivain et un moraliste, la postérité en aurait fait moins de cas; mais il entreprit d'inscrire la morale dans les institutions, et de fonder par ses écrits une république sur la vertu tant civique que morale, ce à quoi depuis les romains personne n'avait songé, peut-être parce que le projet désigne une tâche impossible.

Il croyait à la pureté du sentiment et à la bonté intrinsèque du cœur humain, voulait changer l'homme et redresser le cours de l'histoire, ce qui est beaucoup demander ; c'est ce qui lui a valu une postérité ambigüe, tantôt généreuse et tantôt criminelle, et parfois criminelle parce que généreuse, comme on peut le penser du terrorisme de la vertu chez Robespierre; et c'est pourquoi aujourd'hui encore il compte autant de partisans que d'adversaires, et que le débat autour de son œuvre et de sa personne est toujours aussi vif. S'il fallait résumer en deux phrases l'actualité philosophique de Rousseau, je dirai qu'il avait compris que la formule de la société qu'il avait sous les yeux n'était pas viable, qu'elle ne profitait qu'au petit nombre, et qu'elle conduisait droit dans le mur, ce qui est encore vrai aujourd'hui.


A cet égard, Rousseau est le grand éveilleur, et le grand empêcheur de penser en rond. Il voyait le mal, mais il ne croyait pas au pêché originel, considérait que la nature humaine était foncièrement bonne et la pensait réformable; son contrat social est, à bien des égards, une utopie, mais une utopie féconde; elle met la barre un peu haut, mais on ne voit pas d'autre issue pour sortir des impasses de la société actuelle que de s'en inspirer.

Quelques mots pour finir sur la personnalité de Rousseau.

A s'en tenir à ses écrits philosophiques, on imagine une personnalité austère, presque psycho-rigide, ce que confirme ses portraits: avec son bonnet d'astrakan, il a l'air d'un ours. Mais c'est oublier que Rousseau est aussi l'auteur d'un écrit intime, «les confessions», et d'un roman, «La nouvelle Héloïse», qui manifeste une exquise sensibilité qu'on serait bien en peine de retrouver aujourd'hui.

Et il n'est pas non plus indifférent à cet égard que Rousseau ait aussi été un mélomane et un compositeur, avec une préférence marquée pour la musique italienne. En sorte qu'on est tenté de voir en lui une personnalité dédoublée: d'une part le donneur de leçons, le philosophe acariâtre et révolté, et d'autre part le rêveur, l'ami de la nature, l'homme sensible et le grand amoureux.

Sensible, Rousseau l'était à l'extrême ; orphelin de mère et quasi de père, car on ne peut pas dire que son père se soit beaucoup occupé de lui- enfant, il l'avait confié à un oncle puis placé en pension dans une institution avant de le confier adolescent en apprentissage chez un maître-graveur qui le maltraitait, et il ne s'est guère soucié de le récupérer après l'épisode célèbre de sa fuite hors de Genève à partir de laquelle commença pour lui une vie errante-, Rousseau éprouva toute sa vie le besoin d'être aimé et d'être compris, et son imprudente sincérité lui valut tout le contraire.


Amoureux, il l'avait été de Mme de Warrens dans sa jeunesse, sans réciprocité, puis plus tard, quand il fréquentait les salons parisiens, de plusieurs femmes de la haute société qu'il avait tenté de séduire, le plus souvent en vain; cet échec de sa vie amoureuse se reflète dans celle du personnage de Saint-Preux de la «Nouvelle Héloïse», mais aussi bien dans sa vie de ménage avec Thérèse Levasseur, une femme qui avait sans doute ses mérites, mais dont il ne pouvait guère être très amoureux, ne serait-ce que parce qu'elle ne comprenait pas grand' chose aux idées du grand homme.


Là encore la barrière de classe a joué contre lui, et au 18ème siècle la passion amoureuse est un luxe réservé à la bonne société; il en a connu les codes, comme en témoigne «la nouvelle Héloïse», mais il a plus imaginé l'amour qu'il ne l'a vécu, et sa misanthropie s'en est trouvé confortée; de cet échec de sa vie amoureuse il s'est dédommagé par une imagination exaltée, et il a transféré le trop-plein de sentiment qu'il portait en lui sur les êtres innocents de la nature et sur les simples gens dont il se sentait proche, ce qui s'est traduit dans son œuvre par l'apparition d'un sentiment nouveau et pratiquement inconnu jusqu'à lui hors du registre chrétien : la compassion, la pitié; attentif à la souffrance de l'enfance, il a découvert l'enfant, a vu en lui une personne, et il s'est indigné du traitement réservé aux indigènes dans les colonies, un traitement auquel Voltaire, avec toute sa tolérance, ne voyait rien à redire; et si on ne peut pas dire de lui qu'il soit parvenu à réconcilier la sensibilité et la raison, il les a fait au moins coexister dans sa vie et son œuvre, et par là a ouvert la voie à une nouvelle conception de la raison, plus proche de Pascal que de Descartes, et qui continue avec des hauts et des bas d'inspirer la modernité. Les uns voient en Rousseau un doctrinaire- c'est le Rousseau du Contrat social, continué par les philosophies révolutionnaires des 19 et 20ème siècle; les autres- Kant, Tocqueville, Levi-Strauss,- voient en lui un humaniste visionnaire et une âme sensible, quand ce n'est pas un précurseur de l'écologie et des divers mouvements de retour à la nature.


De fait, si l'on s'en tient au «discours sur l'origine de l'inégalité», la vie dans les bois a son charme, et il ne sera jamais évident que la civilisation soit plus avantageuse, ne serait-ce qu'à cause des guerres de plus en plus atroces qu'elle suscite; écrivant son «contrat social», Rousseau a proposé une alternative: fonder une société qui propose autant d'avantages que la liberté naturelle à jamais perdue; mais de son propre aveu le livre est un échec, car si une coexistence harmonieuse est possible dans une communauté restreinte ou un petit Etat, sous réserve que ce dernier ne soit pas menacé par un Etat plus grand, on ne voit pas comment l'établir dans une société nombreuse; le concept central du «contrat social», la volonté générale, est lui-même boiteux, car comment dégager une telle volonté?

Il faut d'abord que tous les citoyens s'expriment, et qu'ils soient bien informés, qu'ils statuent sur l'intérêt général et non sur leur intérêt particulier; il faut ensuite décider à partir de quand une volonté est générale, car en fait on n'obtient jamais qu'une volonté majoritaire; en réalité, il n'y a jamais de volonté générale qu'au moment du contrat social fondateur de la société, quand tous les citoyens y souscrivent, et ce contrat est purement tacite, aucune société n'a jamais été fondée sur un contrat explicite.

Avec son livre, Rousseau a fait ce qu'il a pu, il a ouvert une réflexion sur la constitution d'une société politique libre et juste qui se prolonge encore aujourd'hui. Insatisfait du résultat, il est resté déchiré entre deux extrêmes, tourné à la fois vers la société et vers la nature; tour à tour tenté par la fuite au désert et par la vision d'une société fraternelle, ce qu'il portait en lui était trop lourd pour en effectuer la synthèse; reste qu'avec ses contradictions et ses obscurités, il est infiniment plus profond que la plupart des philosophes de son temps qui l'ont accablé.

***

Note:

Parmi les multiples questions que pose la vie de Rousseau, on peut se demander quelle est la part de la persécution réelle et celle du délire de persécution.

La persécution est bien réelle, mais elle émane surtout de ses pairs, les philosophes, et du cercle des gens cultivés gagnés à leurs idées; mais ce que ressent Rousseau, c'est une persécution universelle, le sentiment d'être chassé du genre humain, de lire la réprobation à son égard dans chaque passant qu'il rencontre, ce qui est typique de la paranoïa.

En fait, il est d'abord persécuté par lui-même, ou plutôt par le langage; tous les mots qu'il emploie se retournent contre lui, et pourtant il ne peut pas cesser d'écrire; c'est typiquement le sort d'un écrivain incompris; il ne peut pas se taire, mais il ne peut pas non plus parler, puisque tout ce qu'il dit ne fait qu'aggraver son cas; plus que tout autre, il ressent la vanité de l'écriture, le vide auquel elle l'expose;

C'est un malheur, et c'est une torture- mais il ne peut pas y renoncer; et ce d'autant que dans le cas de Rousseau il y est acculé par le service de la vérité, ce qui fait de sa maladie plus qu'une maladie, un vertige et une trouée dans le partage établi entre raison et folie qu'on retrouve aussi bien chez tous les grands inspirés, le Christ, Holderlin, Nietzsche; ils sont fous et ils ne sont pas fous, ils ont seulement déserté la raison commune et son lot d'évidences, forcé le principe de réalité qui maintenant se retourne contre eux; il n'y a plus de place pour eux sur la Terre.