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La liberté est-elle toujours possible à défendre ?

  • cafephilotrouville
  • 25 mai 2024
  • 19 min de lecture

 

L’atelier des idées-Mai 2024

 

La liberté est-elle toujours possible à défendre ?

 Christine Dufour, Odile Lemonnier, Jocelyne Lisiecki

 

Si être libre est une caractéristique naturelle de l’être humain la question de la liberté interroge les philosophes depuis Socrate et a marqué un tournant avec le siècle des Lumières : Montesquieu, Voltaire et Rousseau à la suite de Descartes et Pascal en France.

Ce qui caractérise les « Lumières » c’est de mettre à distance la tradition et l’autorité et de valoriser l’usage de la raison par les individus pour penser de manière autonome.

 

Étymologiquement, le mot vient du latin libertas dérivé de liber, état de l’homme libre. Liber s’oppose à servus. Dans la cité antique, l’homme libre c’est celui qui n’est pas esclave.

En se référant au « vocabulaire philosophique » d’Armand Cuvillier et de l’Encyclopedia Universalis, on peut aborder la question de la liberté selon trois niveaux différents :

-    La liberté naturelle celle de l’être humain

-    La liberté civile et politique du citoyen et du peuple (Art 4 de la déclaration des droits de l’homme : la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »)

-    La liberté au sens philosophique (notions de causalité, circonstances, contingences…)

 

Liberté individuelle et collective sont liées et dépendantes l’une de l’autre.

La devise Liberté, Egalité, Fraternité, héritage des lumières et de la Révolution est adoptée en France en 1848 comme principe républicain.

Liberté en premier, aurait-elle la primauté sur les deux suivantes ?

 

L’autre terme de notre énoncé est « défendre » qui signifie protéger, préserver, garantir contre une attaque ou une agression extérieure en recourant à la force le cas échéant.

 

Défendre ce n’est pas attaquer mais les circonstances autant au niveau individuel que collectif peuvent amener une personne, un groupe, une communauté ou un peuple à se lever pour défendre sa liberté.

Nous nous attacherons particulièrement à l’Histoire des libertés des peuples à disposer d’eux même.

 

Que l’on parle de la répression des femmes en Iran, en Afghanistan ou de l’agression d’un pays envers un autre, la Russie contre l’Ukraine, aujourd’hui comme hier, dans un passé proche ou plus lointain, la même question se pose : est-il toujours possible de défendre la liberté ?

 

Nous traiterons donc :

en 1ère partie : La liberté n’est pas toujours possible à défendre

en 2ème partie : Il est possible de défendre la liberté

en 3ème  partie : il faut toujours se battre pour la liberté

 

 

I - La liberté n’est pas toujours possible à défendre.

1.    Les régimes politiques autoritaires

2.    La servitude volontaire

3.    L’esclavage

4.    Les personnes sous emprise

5.    Les restrictions acceptées des liberté

 

Déjà, il faut savoir de quelle liberté on parle : est-ce celle qui caractérise l’action intentionnelle ? je fais ça pour telle raison, parce que je l’ai décidé et non par contrainte. Elle correspond à mon projet et j’ai pris la décision individuellement en en mesurant les causes éventuelles selon mes valeurs et mes choix.

Mais si je me place au niveau de la réflexion citoyenne et politique, je suis dans un réseau (état d’esprit) différent, je vais fonctionner selon des normes, des lois, je suis là plutôt dans ce que j’ai le droit de faire ou ne pas faire vis à vis des autres et des institutions de caractère économique, sociales et politique. Et on parlera là plus des libertés que de la liberté.

Enfin, la troisième question est : comment je vais exercer ma liberté dans les circonstances imposées par la situation réelle ? La réalité me permettra-t-elle d’agir, d’être auteur et acteur ?

Nous allons voir que dans certaines situations, il est difficile, voire impossible de défendre la liberté.

 

1.    Régimes politiques autoritaires 

La force du pouvoir autoritaire s’impose par un formatage silencieux, la propagande, l’éducation persuadent le peuple que tout va beaucoup mieux qu’ailleurs, l’impact sur la psyché se transmet aux générations suivantes. Toutes protestations et oppositions doivent être réprimées par des arrestations, persécutions, purges politiques. L’arbitraire s’impose et écrase toute manifestation et volonté de sortir de la ligne imposée.

En Russie, en Chine, en Turquie, en Iran pour ne citer que les plus grands, les processus sont identiques.

La révolte est brimée dans l’œuf, les manifestants emprisonnés et menés à la mort par « la torture blanche »

Le combat des femmes ( Femme, vie, liberté) en Iran, ostracisées par le régime des Mollahs comme en Afghanistan après le retour des Talibans au pouvoir est réprimé avec force.

Les minorités sont oppressées au nom de leur appartenance ethnique et/ou religieuse.

Ainsi les musulmans ouïghours en Chine sont persécutés, les chrétiens d’orient le sont aussi en Iran et la Turquie n’a jamais reconnu le génocide arménien et continue à poursuivre ce peuple.

Enfin les communautés LGBTI sont interdites dans plusieurs pays (tous les pays d’Afrique sauf l’Afrique du Sud). Ils sont considérés comme « espèce dangereuse » et à ce titre ils sont pourchassés et emprisonnés quand ce n’est pas lynchés.

           

            2.La servitude volontaire

La Boétie dit que « par nature, l’homme comme l’animal est libre mais s’il perd sa liberté naturelle, il oublie sa valeur et s’accoutume à la servitude ».

« Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ».

Les individus consentent à leur propre oppression et accordent le pouvoir aux tyrans par leur soumission. Ils abdiquent leur liberté, la donnent sans contrepartie ce dernier assure sa domination en maintenant le peuple dans l’ignorance.

Comme l’avait souligné Kant deux siècles plus tôt : « quand un tyran opprime un peuple, il dit que le peuple n’est pas assez mûr pour la liberté » Cette pensée met l’accent sur la stratégie des tyrans pour justifier leur domination. L’oppression est nécessaire pour le bien du peuple. Kant plaide pour une éducation émancipatrice permettant aux individus d’exercer leurs droits et leur liberté.

 

            3. L’esclavage

L’esclave ne possède pas d’identité, c’est une marchandise, un mort social.

Depuis l’antiquité les civilisations ont eu recours à ce stratagème comme force de production gratuite.

Des humains assujettis par un travail harassant et dont les besoins primaires ne sont pas satisfaits ne peuvent songer à gagner leur liberté.

Les révoltes des esclaves sont sauvagement réprimées.

Rousseau a insisté sur l’indignité de l’esclavage comme incompatible avec la nature humaine : « nul ne peut renoncer à sa liberté ». Avant lui les philosophes justifiaient l’esclavage et y avait recours pour eux-mêmes.

Aujourd’hui, bien que l’esclavage soit interdit dans la plupart des pays, il subsiste de façon insidieuse ou décomplexée dans d’autres pays.

 

Au niveau individuel, nous pouvons évoquer les personnes sous emprise et comment la « coïncidence » (Patrick Vincelet) de la rencontre, élément circonstanciel provoque la privation de la liberté.

 

            4. Les personnes sous emprise

Des femmes battues et violentées restent auprès de leur bourreau. Elles subissent une contrainte psychologique qui les empêche de prendre conscience de leur situation. Les dernières dispositions prises par le gouvernement sont encore bien insuffisantes. On voit le recul des féminicides en Espagne grâce aux dernières mesures en application. Pas en France. (134 en 2023, au 26/04/24, le nombre est de 49).

Dans le milieu du travail, le harcèlement moral et sexuel touche les femmes mais aussi les hommes. C’est un processus insidieux qui détruit l’estime de soi et empêche de réagir.

 

            5. La restriction acceptée des volontés

Pour Spinoza, le libre arbitre est une illusion, il n’y a de liberté que par la reconnaissance de la nécessité, l’homme est déterminé par Dieu et par les évènements qu’il a vécu.

Rousseau dit qu’il n’y a pas de libertés sans lois. Ce sont les citoyens ou leurs représentants qui votent les lois, donc ils gardent leur liberté en s’y pliant. Même ceux qui sont en désaccord avec la loi s’y soumettent au nom de la démocratie.

           

Le récent exemple de la pandémie de la COVID tend à prouver que les circonstances et le Salut Public ont la primauté sur les libertés.. Qui aurait dit avant cet épisode que partout dans le monde, les citoyens accepteraient une telle atteinte aux libertés ? Est-ce la peur ou l’application d’une loi morale (ne pas contaminer les plus fragiles) qui a fait que la grande majorité a accepté une restriction de ses libertés ?

 Cette crise a révélé l’articulation entre la liberté individuelle et la liberté collective et aussi que l’on peut rapidement perdre de vue cette dernière car individuellement, cela parait trop contraignant. 

 Dans « La peste », Camus a dit : « les hommes se croient libres mais personne ne sera libre tant qu’il y aura des fléaux ».

 

A cause d’un sentiment d’insécurité on accepte des caméras de surveillance dans les rues les espaces publics et les magasins et ce procédé est une atteinte à la vie privée.

 

La censure qui consiste à ne laisser s’exprimer publiquement que ce qui est conforme à une norme morale est aussi un frein à la liberté d’expression.

Pendant la guerre d’Algérie, des journaux : Le Monde, Le Canard enchaîné, Esprit, l’Humanité sont saisis et censurés car ils publient des témoignages sur la torture.

Dans les années 60 des films célèbres comme Potemkine ou plus récemment en Iran certains films sont interdits et le réalisateur Jafar Panahi est emprisonné.

N’oublions pas les phénomènes d’auto-censure : des professeurs qui n’osent plus aborder certains chapitres du programme de peur de représailles.

 

Cependant même si la liberté, dans certaines circonstances semble impossible à défendre, des personnes comme Mandela, Navalny, Narges Mahammadi ne perdent jamais espoir. C’est leur conviction profonde, leur foi en un avenir meilleur, leur volonté et leur courage qui vont permettre à d’autres personnes de suivre le chemin qu’ils ont pris au risque de mourir.

 

 

II - Il est possible de défendre la liberté

1.    La guerre d’indépendance aux Etats Unis

2.    La Révolution française

3.    La résistance

4.    Le féminisme

5.    Les guerres d’indépendance des anciennes colonies

6.    Les voix de la liberté à travers la culture et les arts

 

Au préalable, précisons que la liberté n’est pas une valeur absolue, il faut déjà satisfaire les besoins primaires avant d’avoir l’idée même de liberté. Ce n’est que lorsqu’on atteint le troisième et quatrième niveau de la pyramide de Maslow (dimension sociale et estime de soi) que l’on peut s’engager selon ses goûts, aptitudes et compétences et aussi selon les circonstances.

L’engagement peut prendre plusieurs formes : dans une association, une ONG, un parti politique, en participant à des actions ponctuelles, en manifestant et aussi en s’exprimant par l’art, la littérature, la poésie.

En regardant vers le passé, nous pouvons trouver plusieurs faits historiques qui illustrent le combat pour la liberté.

 

            1. La guerre d’indépendance de l’Amérique.

La guerre d’indépendance (1774-1776) des Etats Unis contre la monarchie britannique commence quelques années avant notre Révolution. Inspiré par les Lumières et par « l’esprit des lois » de Montesquieu, soutenu par des idéalistes français comme le marquis de La Fayette, Thomas Jefferson rédige la Déclaration d’Indépendance ratifiée par le Congrès le 4 juillet 1776.

Selon Montesquieu, on garantit l’équilibre des forces sociales par la séparation des pouvoirs :  « le pouvoir annule le pouvoir ».

Dans les années 1830, Alexis Tocqueville va aux Etats Unis et y étudie la démocratie.

Il constate que la décentralisation, l’équilibre des pouvoirs et le goût des Américains pour l’association sont déterminants pour avoir une démocratie libre. Même la religion n’y est pas une entrave alors qu’en France, le conflit entre l’Eglise et la société divise.

Tocqueville remarque que la relation entre l’égalité et la liberté se présente sous une forme paradoxale.

Le principe d’égalité peut tendre à favoriser un pouvoir unique et central, donc il faut un pouvoir qui soit capable de satisfaire les deux passions ennemies  : « le besoin d’être conduits et l’envie de rester libre »

 

            2. La Révolution française

Césure à la fois historique et politique, la Révolution française porte la démocratie dans l’ordre de l’universel.

Ce qui se produit pour la première fois au cours de la Révolution, c’est ce sentiment pour le peuple de prendre conscience de ses droits alors qu’auparavant, enfermé dans la misère, il était dans l’incapacité de prendre conscience de leur situation.

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789 est un texte fondamental qui énonce les droits naturels, individuels et communs ainsi que les conditions de leur mise en oeuvre.

Et c’est Emmanuel Kant, vieux philosophe, amoureux de la liberté qui le comprit le premier. Il déclara « qu’un tel phénomène dans l’histoire humaine ne s’oublie pas » (le conflit des facultés 1798)

Mais quand la révolution s’emballe et que les décapitations se succèdent, on peut se demander où sont passés les beaux principes initiaux.

Ce qui fera dire à Manon Roland, guillotinée le 8 Novembre 1793 : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ».

Quelques décennies plus tard (en 1848) Liberté, Egalité, Fraternité deviendra la devise de la République.

L’articulation entre la liberté et l’égalité peut sembler contradictoire car lorsqu’on tend vers plus d’égalité on réduit la liberté et vice et versa.

 

Malgré ces excès, la Révolution représente la victoire du peuple (même si ce n’est pas lui qui l’a initié) et à différentes reprises en France, des flambées de violence évoque la révolution comme une solution possible. (gilets jaunes)

Pourtant à la Révolution, on oublie les femmes, elles ont juste le droit de tricoter en assistant aux débats de l’Assemblée. En 1791, Olympe de Gouges rédige une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle déclare que si « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit aussi avoir le droit de monter à la tribune ».

La révolution de 1848 institue le suffrage universel, mais les oublie encore.

Seuls, Stendhal et Victor Hugo se déclareront favorables au vote des femmes.

 

            3. La Résistance en France

Une minorité animée par un idéal a combattu dans l’ombre répondant ainsi au devoir de désobéir, organisé depuis Londres par le général de Gaulle.

De Gaulle s’est comporté en homme libre aux différents niveaux : individuel, en écoutant sa conscience et sa morale, politique en créant une dynamique capable d’entraîner d’autres consciences et philosophique en étant acteur dans la réalité de cette période.

L’acte libre de ne pas respecter l’armistice d’un Maréchal « livrant le pays à la servitude » a changé le destin d’une nation.

Pendant ce temps, la majorité du peuple essaie de survivre sous le régime de Vichy et certains même y collaborent.

La Résistance française regroupe des réseaux clandestins d’origines différentes, certains sont exclusivement composés d’étrangers comme celui de Romain Gary ou celui de Missak Manouchian dont la particularité est d’être profondément attachés à la culture française, à l’esprit des Lumières et à l’idée de liberté et de la défense des droits de l’homme. C’est Jean Moulin qui, en 1943 regroupe les mouvements et les partis politiques (le CNR) afin de les coordonner.

Entre le 18 juin 1940 et l’été 1944 ces réseaux luttent contre l’occupant Nazi et le régime de Vichy. Leur action est polymorphe : diffusion de tracts et de presse clandestins, (la revue « Combat » de Camus) mouvements de grève, sabotages, espionnage et assassinats de nazis malheureusement payés très chers par la population.

Parce qu’elle a su lutter contre l’occupation malgré les difficultés et les dangers, la Résistance est considérée comme le symbole de défense de la liberté. Elle est l’incarnation de la détermination du peuple français à défendre sa liberté et sa dignité face à l’adversité.

 

4.Le féminisme

Germaine de Staël, Flora Tristan, Georges Sand, Louise Michel, Rosa Bonheur, Simone Veil, Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Elizabeth Badinter, Caroline Fourest ou encore Rokhaya Diallo et beaucoup d’autres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

. Chacune, à sa façon a défendu ou défend encore la cause des femmes. Leurs oeuvres et leurs discours ont aiguisé l’esprit critique et permis d’avancer sur le chemin de la liberté.

Nous l’avons souligné si quelquefois la liberté fait de l’ombre à l’égalité, si à l’inverse l’égalité peut réduire la liberté, dans le combat féminin, les deux sont étroitement liés

Et rien n’est jamais acquis : ex, l’IVG aux USA. Maintenant le droit est inscrit dans la constitution française.

 

Il a fallu attendre le 21 avril 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de vote en et de se présenter à une élection. Avec un retard d’un bon siècle sur tous les autres pays (1906 Finlande)

Le film italien de Paola Torsilloni, récemment sorti : « il reste encore demain » illustre cette période où le patriarcat régnait en maitre, s’accompagnant de la violence des hommes et comment une lettre mystérieuse va bouleverser le cours des choses et transformer une femme soumise en lui donnant le courage d’imaginer un avenir meilleur et pas seulement pour elle-même.

Ces années noires, Gisèle Halimi les a connues dans son enfance et son adolescence en Tunisie où la toute-puissance des hommes et de la religion mettaient un frein à la plus simple aspiration d’une petite fille comme celle d’aller à l’école. Elle s’est rebellée contre sa famille qui favorisait l’éducation des garçons par rapport aux filles qui devaient juste savoir tenir une maison pour faire un beau mariage. (Anecdote de la mezouza)

 

1.     Les guerres d’indépendance des anciennes colonies

L’indépendance gagnée par la rébellion armée a permis aux peuples de se dégager de l’emprise colonialiste.

Guerre d’Indochine, de Corée, d’Algérie, du Vietnam

(Par la suite, les printemps arabes ont porté des espoirs qui ne se sont pas réalisés. Les Tunisiens en ressentent encore les remous. Comme les jeunes Algériens qui en 2019 ont mené le Hirak, ce mouvement pacifique qui les mettaient dans la rue tous les vendredis. L’espoir d’une autre société n’est pas réalisé cinq ans plus tard.

On peut considérer qu’à défaut de liberté, ces guerres ont apporté une libération du sol.

Hannah Arendt explique cette nuance : il est difficile de dire où finit le désir de libération, celui d’être libéré de l’oppression et où commence le désir de liberté, celui de vivre une vie politique qui exige une forme nouvelle, la constitution d’une république.

 

En réfléchissant sur ces différents exemples, on peut se demander si les situations de crise sont consubstantielles à la liberté ou si elles représentent une étape vers une émancipation, une sorte d’élargissement vers la liberté.

 

2.    Les voix de la liberté

Au IIIème siècle avant JC, les Stoïciens prônaient la liberté intérieure en s’affranchissant des puissances extérieures afin d’éviter le trouble. Les bouddhistes disent à peu près la même chose : inutile de combattre ce qui est inéluctable, il vaut mieux l’accepter.

Pour Descartes, Spinoza, Leibniz, la notion de cause est étroitement liée à celle de la raison. À l’origine, il y avait la causalité divine.

Voltaire défend la liberté de penser contre les autorités politiques et religieuses. Il plaide pour la liberté de conscience en rejetant les religions. Il définit la liberté non seulement par la pensée mais par l’action : un homme qui penserait sans agir ne serait pas libre.

Pour Kant, une volonté libre est une volonté soumise à des lois morales : « affirmer que la loi morale que je perçois en moi est la preuve de ma liberté ». Il trouve la voie entre le déterminisme et le rationalisme.

 

Le XIXème siècle apporte le souffle romantique des émotions. Le basculement philosophique est profond. Les écrivains, les artistes participent à tous les combats politiques, ils créent des journaux, des revues, s'engagent dans leurs articles et dans leurs œuvres.

Les combats politiques de Victor Hugo dès 1826 contre l’esclavage, la xénophobie et le racisme.

Frederick Douglass, le premier noir abolitionniste a fait prendre conscience du paradoxe de cette nation qui prônait la Liberté et perpétuait l’esclavage de trois millions de concitoyens.) Ayant découvert la lecture enfant, il dit que « le livre est le chemin qui mène de l’esclavage à la liberté »

Avant lui, Toussaint Louverture avait conduit le soulèvement des esclaves en Haïti qui a mené à l’indépendance du pays en 1850.). À leur suite Rosa Park, Martin Luther King puis Nelson Mandela ont lutté contre le racisme

 

L’affaire Dreyfus : L’article du journal « L’Aurore » d’Emile Zola en 1898 oblige l’Etat à réviser le procès sur la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus accusé de haute trahison parce que juif.

 

Un poète Ukrainien : Taras Chevtchenko. (né en 1814, romantique, sert un discours politique clair, comparable à celui de Victor Hugo. C’est une icône en Ukraine)

« Notre âme ne peut pas mourir, la liberté ne meurt jamais. »

Il est convoqué aujourd’hui pour redonner espoir et courage aux combattants pour leur liberté.

 

À la naissance de la psychanalyse, Freud introduit les concepts de l’inconscient et de la structure de la personnalité. Par un travail d’introspection et d’analyse, il est possible de rendre l’inconscient conscient, et ainsi de conquérir un plus grand degré de liberté par rapport aux déterminismes inconscients dans les relations avec soi-même et les autres.

Au XXème siècle, Sartre affirme que l’homme est « condamné à être libre », l’homme est ce qu’il se fait être. Il faut assumer sa liberté même si cela est angoissant.

A contrario, Camus avance que nous pouvons nous libérer d’une condition dont les ressorts nous échappent par le présent, l’agir et la lucidité : « si l’absurde annihile toutes mes chances de liberté éternelle, il me rend au contraire ma liberté d’action » et il l’a prouvé en s’engageant dans la résistance.

Et Hannah Arendt nous invite à retrouver le désir passionné de participer aux affaires publiques, débattre sur la manière dont nous voulons vivre ensemble et agir : « La liberté d’être libre »

Dans l’art, la voix de la liberté jaillit aussi :

Eugène Delacroix n’est pas un révolutionnaire convaincu mais il défend les valeurs de la liberté et en 1831, il présente au Salon de Paris sous le titre « Scènes de barricades », la devenue légendaire « Liberté guidant le peuple ». Cette déesse républicaine, drapeau dans une main, fusil dans l’autre représente une liberté de combat qui rue sous le joug des puissants. Dans l’imaginaire collectif, ce tableau est l’image même de la liberté en marche.

Emblématique aussi la statue de la Liberté à New-York. Cadeau de la France aux Etats-Unis pour célébrer le centenaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis.

 

« Guernica », le tableau de Picasso, représente la ville basque après avoir été bombardée par l’aviation allemande en soutien à Franco. Le tableau est devenu un symbole universel contre la barbarie.

 

III - Il faut toujours se battre pour la liberté

La liberté n’est jamais acquise définitivement, elle est toujours menacée.

Pour les femmes, être libre de son corps est un slogan des années 60 : « mon corps m’appartient » et pourtant, aujourd’hui, on observe un retour en arrière. Qui aurait pensé que le droit à l’IVG serait remis en question ? Et pourtant aux USA, plusieurs Etats l’interdisent maintenant obligeant les femmes à se déplacer dans les Etats qui le permettent et bien sûr, ce sont les plus précaires qui en subissent les conséquences.

ll faut toujours se battre pour préserver la liberté

 Nous allons voir comment le faire en quatre points:

         1. L’éducation

            2. L’engagement

            3. L’investissement et le coût

            4. La prise de conscience de sa vulnérabilité

 

1.    Apprentissage de la liberté par l’éducation

L’éducation devrait être placée par la société au centre des priorités.

Pour Rousseau, l’éducation doit permettre au citoyen de défendre sa liberté, de devenir libre.C’est la théorie qu’il expose dans son traité d’éducation, « Emile », publié en 1762.  Le gouvernement idéal pour des êtres libres est la démocratie directe et celle-ci fait de l’éducation un enjeu vital. Cette éducation doit guider les enfants tout en les laissant faire leurs propres expérimentations. Elle doit ainsi développer leur autonomie en encourageant l’apprentissage par l’expérimentation et la découvertePour Rousseau, L’éducation n’est qu’une supercherie si elle renforce la domination d’une minorité privilégiée par l’Etat. L’éducation idéale doit instaurer l’égalité, doit apprendre à penser. Rousseau, à l’instar de tous les philosophes des Lumières, avait foi dans la raison et dans le progrès qui devait apporter le bonheur et la liberté aux hommes.

C’est à l’école que l’apprentissage de la liberté et de ses limites doit se faire. Dès la maternelle, l’enfant qui peut être roi chez lui se frotte aux autres, il doit comprendre qu’il ne peut pas obtenir tout ce qu’il veut, qu’il y a des règles et que sa liberté s’arrête où commence celle des autres.

Plus tard le travail de réflexion avec les professeurs, entre les élèves et avec leurs pairs devraient construire ce concept afin qu’ils l’appréhendent avec un esprit critique et qu’ils en mesurent la valeur.

Dans l’idéal, les parents éduquent et transmettent le savoir-vivre et l’école instruit et transmet le savoir. La liberté n’est pas innée, elle s’apprend.

On pensait ainsi jusqu’à la moitié du XXème siècle, l’apprentissage, la scolarisation allait améliorer le genre humain mais cet espoir ne s’est pas réalisé d’où le scepticisme actuel.

La liberté d’enseigner est menacée : les assassinats des professeurs Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard trois ans plus tard provoquent la terreur dans le corps enseignant et incitent les professeurs à se censurer d’autant plus qu’ils ne sont pas vraiment soutenus par leur hiérarchie.

 

2.L’engagement

Face au retour de la guerre aujourd’hui, on peut se demander quel est le niveau d’engagement des citoyens européens. Si les Etats accordent plus ou moins leurs voix contre l’agresseur, on ne voit pas une mobilisation morale et encore moins physique du citoyen lambda.

Pourtant, La guerre en Ukraine nous rappelle douloureusement que l’Europe n’est pas à l’abri et lorsque toutes les négociations diplomatiques ont échoué, le recours à la guerre et à l’armement s’impose y compris par la dissuasion nucléaire.

 

3-Investissement humain, coût

C’est en défendant la liberté des autres qu’on défend sa propre liberté. Si l’Europe prend le parti de l’Ukraine, c’est parce qu’elle se sent elle-même menacée à ses frontières par les ambitions impérialistes de la Russie.

En d’autres temps les Forces alliées ont débarqué en France. On dénombre 209000 victimes sur les 2 millions débarqués depuis le jour J. À ce nombre s’ajoute 200000 victimes allemandes.

Ils ont payé un lourd tribut pour notre liberté.

 

Dans un autre registre, on peut dire que défendre sa liberté implique de sacrifier une certaine sécurité matérielle et sociale. La fable de La Fontaine : « Le loup et le chien » l’illustre parfaitement.

 

4-La vulnérabilité de la liberté

L’arrivée de l’ère industrielle promettait des progrès techniques censés libérer l’homme des taches pénibles comme aujourd’hui l’intelligence artificielle voudrait faire miroiter un avenir plus facile. Mais nous ne sommes plus dupes de ces illusions.

La puissance des forces économiques ont un impact sur la politique des Etats.

Le libéralisme est un leurre car il promet une fausse liberté en créant des besoins inutiles, il est oppresseur plutôt que libérateur.

Par ailleurs, l’obligation de passer par internet pour toutes les démarches administratives marginalisent une partie de notre société réfractaire à l’ordinateur.

La mondialisation des outils de propagande et l’influence des réseaux sociaux sont des facteurs qui rognent considérablement les libertés individuelles. Si la majorité du peuple ne s’en remet qu’à ces informations tronquées ou fausses (fake news) elle deviendra mûre pour élire un dictateur.

Ces réseaux jouent aussi un rôle dans la propagation de l’islam radical comme dans la pornographie; des enfants de 11/12 ans soumis à ces influences ne peuvent pas en sortir indemnes.

Google nous espionne, attentif à nos recherches, il nous propose toujours le même genre d’informations au risque de nous enfermer dans une bulle téléguidée.

La reconnaissance faciale utilisée en Chine peut se répandre sur la planète sous prétexte de sécurité

Cependant, on ne peut pas tout jeter aux orties car par exemple en Iran, le mouvement « Vie, femme, liberté » continue à bas bruit grâce aux réseaux sociaux.

 

 

Conclusion

On voit que la liberté est fragile, elle n’est jamais totale et définitive, la voie pour y parvenir est étroite mais il est possible de l’emprunter même au prix de grands sacrifices…

Avant de mourir, Navalny a dit : « Il y a ceux qui écrivent un article, il y a ceux qui détournent la tête, il y a ceux qui se sentent obligés d’agir. »

La liberté serait-elle d’être en accord avec soi-même ? Est-elle un idéal que l’on doit suivre comme le marin suit l’étoile ? Une sorte de boussole intérieure.

Penser sa liberté, c’est l’articuler à celle des autres.

La liberté est un processus, un travail qui demande éducation, effort, courage et volonté. Pour être libre, il faut se libérer « de l’intérieur ou de l’extérieur ». Rousseau pense que « renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme ». Et la qualité d’homme est d’être responsable et moral.

La liberté n’est jamais totale, absolue mais le plus important est de comprendre comment devenir libre davantage.

Contrairement à ce que l’on pense, la liberté n’est pas synonyme de plaisir, de confort. Être libre, c’est savoir assumer la contrainte.

La volonté de servir la liberté s’acquiert par la force de l’esprit, l’imagination et c’est l’art, le livre et la poésie qui le plus souvent en sont le support et qui interpellent et soutiennent les actions des combattants.

Nous sommes loin de l’idée de la Liberté que se faisaient les anciens et les classiques. La liberté révolutionnaire portait un espoir, ce n’est plus le cas à présent. Elle est plus procédurale et les occidentaux ont compris que l’universalité de ses principes ne peut pas toujours s’adapter à la singularité des autres peuples. On n’exporte pas la démocratie comme on exporte du coca cola.

Au XIXème siècle, les débats autour de la lecture étaient virulents. La droite invoquait le fait que lire allait multiplier le nombre de lecteurs de livres corrupteurs et Jules Ferry répondait que le contenu des livres importait moins que le fait de lire. Cette liberté de lire tout et pour tous est aujourd’hui aussi remise en cause par les extrémistes de tous bords qui tentent d’expurger ou même de bannir des listes de livres.

L’inaptitude au débat contradictoire s’accroit avec les réseaux sociaux qui condamnent en toute impunité ceux qui ne sont pas d’accord. Et google garde en mémoire toutes nos recherches et connait ainsi notre fonctionnement intime. L’espion est chez nous en permanence.

Que dire de l’insatisfaction chronique orchestrée par un marketing incontournable, versus les influenceurs influenceuses.

 

Aussi, préférons nous nous en remettre aux poètes qui tant de fois, par le pouvoir d’un mot, ont redonné espoir et force pour agir.

 

« Et par le pouvoir d’un mot » de Paul Eluard c’est l’histoire d’un poème devenu mythique, d’abord paru en revue à Alger, puis dans « Poésie et vérité » en 1942 à Paris, repris dans La France Libre à Londres, largué par les avions de la Royal Air Force en 1943, traduit et adapté en musique que nous écoutons lu par son auteur.

You Tube poème « et par le pouvoir d’un mot » de Paul Eluard interprété par lui-même.

 

 

Poème d’urgence et de combat et en même temps très poétique

21 quatrains, 84 vers

 
 
 

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