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Le bonheur, peut-on choisir de ne pas être heureux ?

  • cafephilotrouville
  • 31 oct. 2013
  • 3 min de lecture

Le bonheur est le bien suprême, auquel tous les autres sont subordonnés. C’est en vue du bonheur que l’on recherche la richesse, ou l’amour, ou la réputation, etc.. Ces biens sont donc tous relatifs et ne sont des biens qu’en tant qu’ils procurent, ou sont supposés procurer, le bonheur. Il est donc paradoxal de choisir de ne pas être heureux: c’est comme vouloir sortir de la condition humaine.

Le débat porte d’abord sur la définition du bonheur. Il en résulte que, en dehors d’une définition générale et vague( « être bien », « se sentir bien »), on ne peut pas en donner une formule unique, applicable à tout le monde. Il n’y a pas « le » bonheur, mais des variétés de bonheur, presqu’autant qu’il y a d’individus. Cet aspect subjectif pourrait remettre en cause la possibilité de traiter le sujet( nous jugerions non heureux quelqu’un qui n’est simplement pas heureux selon nos critères), s’il n’y avait malgré tout des signes évidents que quelqu’un n’est pas heureux (comme le fait de s’enfermer dans des conduites d’échec).

Le bonheur s’appuie sur des dispositions, mais requiert pour s’établir et durer de la volonté: il faut travailler à être heureux. N’étant pas la seule exigence humaine, il faut le rendre compatible avec la liberté, la raison, la moralité, les contraintes sociales.. A ce niveau déjà , des choix interviennent, qui favoriseront ou non le bonheur, le présent plutôt que l’avenir, l’intensité plutôt que la durée, l’abandon plutôt que le calcul, etc…,sans qu’on puisse dire toujours à l’avance quel choix est le bon, puisqu’il faudrait pour cela savoir quel genre de bonheur vous convient, ce qu’on n’apprend que par expérience. D’un côté il faut travailler à son bonheur et en réunir les conditions (morales, sociales, matérielles), de l’autre trop de prévoyance nuit, et on ne programme pas son bonheur( étymologiquement, bonheur= chance); en particulier, quand il dépend d’autrui, il faut ménager celui-ci, tenir compte de sa liberté( en amour, l’autre ne vous rendra heureux que s’il est heureux de vous rendre heureux).

C’est ainsi qu’on peut « choisir de ne pas être heureux », par suite d’une mauvaise appréciation des facteurs qui conditionnent le bonheur. Cependant, l’auteur du choix cherche bien à être heureux, sauf qu’il s’y prend mal. Et si l’on considère qu’un véritable choix doit être éclairé, alors on dira qu’il n’y a pas vraiment choix (mais quand, sur des questions de vie, un choix est-il parfaitement éclairé?).

Reste le cas où l’on peut considérer que le choix est délibéré et repose, sinon sur une information parfaite, du moins sur la pleine adhésion de la volonté. On le trouve dans deux formes opposées de la volonté, la volonté de mal et la volonté de bien. Inspirée par la haine, la volonté de mal a fait une croix sur le bonheur, celui des autres comme le sien( la haine suppose un état de mal-être et une division intérieure absolument contraire au bonheur). La volonté de mal est à cet égard une énigme. Quant à la volonté de bien, elle décrète qu’il n’y aura pas de bonheur possible pour elle tant que tous les hommes ne seront pas heureux. C’est la disposition d’esprit des révolutionnaires qui renoncent à la vie privée et au bonheur personnel pour servir la cause. On peut saluer la grandeur de cette attitude sans pour autant l’approuver, et considérer avec Kant qu’être heureux rapproche les hommes, et qu’il faut travailler à être heureux pour mieux faire son devoir.

 
 
 

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