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Qu'est-ce que la vérité historique ?

  • cafephilotrouville
  • 17 déc. 2016
  • 3 min de lecture

La recherche de la vérité historique est une préoccupation assez récente. Les premiers historiens sont grecs et leur premier souci n'est pas la vérité, mais le témoignage : Hérodote voyage dans le bassin méditerranéen et rapporte ce qu'il a vu et ce que on lui a dit, son enquête met en évidence l'extraordinaire différence des mœurs,institutions et coutumes des peuples qui environnent la Grèce, et s'apparente plutôt à une forme d'ethnographie ; et si Thucydide rapportant la guerre du Péloponèse qui opposa Athènes à Sparte fait bien œuvre d'historien, c'est que chez lui le souci de la vérité prend la forme de l'impartialité : il donne tour à tour la parole à chacun des adversaires et ne prend pas position. Mais la plupart du temps jusqu' aux temps modernes, l'histoire est écrite par des chroniqueurs à la botte des puissants, et prend la forme d'une apologie de leurs faits et gestes. Et si la question se pose, c'est qu'on a assisté au cours du 20ème siècle à un retour de cette forme d'écriture de l'histoire dans les régimes totalitaires. Avant même de tels régimes, la constitution des Etats nations modernes avait conduit à une réécriture de l'histoire, avec pour objectif la construction d'une identité nationale ; l'histoire prenant alors la forme d'un grand récit, où le souci de la vérité est secondaire.

C'est que l'histoire a plusieurs fonctions, et si l'établissement de la vérité est la principale, elle n'est pas forcément prioritaire. Chez Thucydide, il s'agit de conserver la mémoire des hauts faits des héros, afin que la postérité s'en souvienne, chez Augustin Thierry ou Lavisse, de construire un récit national. Et c'est seulement lorsque la nation est fermement instituée que l'histoire peut être révisée et faire leur part aux oubliés de l'histoire, classes populaires, femmes, minorités humiliées. Ce qui est d'autant plus nécessaire qu'une fausse appréciation du passé peut conduire à des conclusions fausses pour l'avenir (on minimise ses responsabilités dans une guerre et on entretient la haine de « l'ennemi héréditaire », les nostalgiques d'un pouvoir fort oublient la férocité de la tyrannie sous l'ancien régime). En sorte que les historiens sont non seulement responsables du passé, mais aussi de l'avenir.

Qu'est-ce que la vérité ? Demandait déjà Pilate au Christ. Une autre histoire, voire une contre-histoire (celle des dominés) sont toujours possibles, et l'écriture de l'histoire dépend toujours plus ou moins des rapports de force existants dans la société. Elle dépend aussi bien évidemment de l'évolution des méthodes de la recherche, de l'exhumation de nouveaux faits, comme elle dépend du dépassement du cadre national et de la confrontation objective des différentes histoires nationales ; elle dépend enfin de la force des préjugés qui imposent aux historiens une certaine lecture du passé, en particulier national*.

Est-ce à dire qu'il n'y a pas de vérité en histoire ? Non, mais elle se construit, elle progresse, pour autant que la recherche soit libre. S'agissant de conduites humaines, cette vérité ne peut être alignée sur la vérité scientifique, et elle ne peut éluder la question du sens : comme on parle de la vérité d'une vie, telle que la révèle une biographie bien faite, on doit pouvoir envisager une vérité du cours de l'histoire, telle que ce cours fasse sens et ne se borne pas à une accumulation d'évènements et de faits, si intéressants soient-ils par eux-mêmes. C'est là le fil conducteur qui doit guider la recherche, afin qu'elle ne s'égare pas dans la pullulation des détails, et ne serait-ce qu'à titre d'hypothèse de travail : que l'histoire va quelque part, qu'elle représente l'effort, toujours contrarié mais persistant, pour construire une humanité digne de ce nom et du rang qui lui est assigné dans la nature. Une telle orientation de la recherche aurait un double mérite : vraisemblable en elle-même (sinon pourquoi une histoire ?),elle encouragerait le public destiné à s'en instruire à oeuvrer dans ce sens, et à se doter des institutions propres à y conduire. Cela ne veut pas dire céder à la mythologie et écrire l'histoire comme un roman, mais malgré tout privilégier ce qui va dans le sens de l'émancipation et de la liberté pour tous.

* cf Edgar Quinet « philosophie de l'histoire de France »

 
 
 

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