La médecine sportive et l’éthique du sport
- cafephilotrouville
- 3 juin 2017
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L’intervention depuis quelques décennies d’une médecine spécialisée dans le suivi des sportifs professionnels pose un problème de déontologie pour les praticiens: ils doivent réparer les traumatismes des athlètes et les mettre en état de faire face aux conditions toujours plus exigeantes de leur discipline, avec le risque d’apporter leur concours à des pratiques frauduleuses, notamment lorsqu’il s’agit de dopage. Et la frontière entre le permis et l’interdit, le licite et l’illicite, n’est pas toujours très nette. A leur décharge, il faut dire que la médecine sportive confrontée à des cas d’utilisation limite des possibilités physiques du corps humain, a des retombées positives pour la connaissance de ces possibilités, retombées qui conduisent à des applications en médecine générale. Il reste que la nécessité d’une telle médecine en milieu sportif pointe la nouvelle violence faite au corps des sportifs par la surenchère dans la recherche de la performance. On ne compte plus les claquages et autres blessures, sans parler des décès prématurés liés au dopage, et un sportif de haut niveau, en rugby, en cyclisme, est fini à trente ans.
Les sportifs professionnels sont ainsi les gladiateurs de notre époque, promis à un rapide épuisement de leur santé pour la distraction des foules. Nul n’en ignore, et chacun y consent, les sportifs pour gagner leur vie, et les foules par indifférence ou cynisme. Du coup, c’est toute l’éthique sportive qui est vidée de son sens : devenu un métier, les risques du métier de sportif doivent être assumés, et il n’existe pas de code du travail pour les encadrer.
Il faut rappeler que le sport est un jeu, non un travail ; c’est un jeu sérieux, dont les règles doivent être respectées et qui comporte une discipline pour les maitriser, mais c’est un jeu, avec tout ce que cela comporte, désintéressement et esprit de fair-play, franchise et estime de l’adversaire. Dans un jeu, on doit s’efforcer de gagner, mais pas au point d’y laisser sa santé, ni d’user de tous les moyens pour y parvenir. Or il est bien évident que tout change dès lors que gagner c’est gagner de l’argent (parfois beaucoup d’argent), et que de surcroit l’athlète dans les compétitions internationales représente une nation et que sa réussite a une signification politique. Si bien que, dans les conditions actuelles de la compétition de haut niveau, il n’est pas excessif de considérer que le sport est pourri, et qu’il ne constitue en rien un modèle pour la jeunesse.
Mais après tout, le sport de fait que représenter les valeurs de la société, et à travers la façon dont la société l’envisage, elle se juge elle-même. Le culte de la performance, le culte des gagnants et la condescendance envers les perdants y sont la règle, sans qu’on ait bien conscience à quel point ces orientations sont anti-démocratiques. La compétition économique, la concurrence politique, ne répugnent pas aux coups tordus. Et l’on ne voit pas comment le sport serait populaire s’il illustrait autre chose que les valeurs dominantes de la société.
C’est pourtant la noblesse du sport de représenter une éthique alternative, et beaucoup d’athlètes, dans des disciplines encore épargnées par la corruption, en sont conscients. Il est à souhaiter que leur exemple prévale, et que le sport redevienne, pour tous ceux qui s’y adonnent avec passion, un plaisir et un jeu, plutôt qu’une souffrance et un travail.



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