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Comment soigner le mal de vivre avec Lucrèce ?

  • cafephilotrouville
  • 7 août
  • 14 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Présenté par Fabrice Weill le 24 juillet 2026


1)° Pourquoi lire le DE RERUM NATURA ?

Le DE RERUM NATURA est considéré depuis sa redécouverte au moyen Age jusqu'à nos jours comme un texte majeur de notre civilisation.

Ce poème en 6 chants 7000 vers contient des explications sur l'ensemble des éléments constituant le monde en refusant la facilité de s'en remettre à un dieu lorsque l'on n'a pas explication.

C'est donc une étude rationnelle de la vie et des objets qui la compose,

C’est pourquoi depuis l'an 50 avant JC date de la création jusqu'à nos jours on continu à lire ce poème et à en tirer des enseignements.

Tout récemment on vient encore de publier plusieurs ouvrages sur Lucrèce et son poème :

Andre Comte Spomville : Lucrece poète et philosophe

Pierre Vesperini: Lucrèce archéologie d'un classique Européen

Stephen Greenblatt : Quattrocento un ouvrage passionnant sur la redécouverte du manuscrit au 15eme.

Deux nouvelles traductions viennent de paraître : Olivier Sers en 2022 et tout récemment xxx          

 

Nous tacherons donc dans notre débat de comprendre en quoi ce texte est fondamental, et de quelle manière.

 

2°) Poggio Bracconilli

On sait que la plupart de manuscrits de l'antiquité ont disparu et on ne les connaît que par les commentaires quand on fait leurs contemporains

C'est le cas pour Démocrite qui publia 70 ouvrages tous disparus dont il ne reste rien et d'Epicure dont il ne reste que les lettres à Ménécée et quelques aphorismes dont on peut douter qu'ils soient vraiment de lui,

C'est pourquoi la découverte de l’intégralité du poème de Lucrèce fut fondamentale.

 

Après la chute de la civilisation romaine et pendant tout le moyen âge la parole est accaparée par les prêtres chrétiens qui veulent imposer leurs vues sur toute la connaissance.

Cependant Lucrèce est cité dans plusieurs textes d l'époque mais surtout pour le discréditer notamment par Saint Jérôme au 3eme siècle qui décrit Lucrèce comme un fou qui se serait suicidé à 44 ans après bu un filtre d’amour.

On avait donc bien connaissance du DE RERUM NATURA puisqu'il fallait prendre la peine de le critiquer ainsi que son auteur.

En 1417 un jeune érudit Poggio Bracciolini décide de retrouver les manuscrits de l'antiquité dont on commence à reparler dans la société pré Renaissance.

Il voyage en Italie et en Allemagne visitant ls monastères ou travaillent les fameux moines copistes si bien décrits par Umbeto Eco dans son livre '' le nom de la rose'' et dans le film éponyme de

JJ Annaud.

On peut s'étonner que dans les monastères on garde et copie des livres impies dans les quel on nie l'existence de dieu et on réfute toute les dogmes chrétien, Piere Vesperini suggère deux explications :

1°) Ces ouvrages étaient copiés pour pouvoir être critiqués et leurs idées réfutées

2°) Les copistes ne comprenaient tout simplement pas la langue ancienne dans laquelle ils étaient

Ecrits.

Dans une Abbaye près de Constance ou il se trouvait comme secrétaire du pape Jean XXIII) Bracciolini découvre une copie du DE RERUM NATURA et fait publier cette découverte fondamentale qui reste encore un pilier de la culture universelle qui inspirera les philosophes de Montaigne à André Compte Sponville en passant par les philosophes des lumières, Bergson, et de nombreux autres. Ce que nous verrons en détail dans un moment.

 

 

 

 

3°) Les origines Démocrite, Epicure Lucrece

D'où viens la pensée de Lucrèce ?

Il y a une droite ligne en trois philosophes (une triarchie comme le dit Compte Sponville) : Démocrite au 5eme siècle avant JC, Epicure au 2eme  et Lucrèce au milieu du premier avant JC,

Les textes originaux des deux premiers existaient sans doute encore à l’époque de Lucrèce et donc le poème reprend leur philosophie ce qui fait que nous en avons connaissance encore de nos jours,

 

Démocrite

Tout commence par la théorie de l'atomisme inventée par Démocrite au 5eme siècle avant JC .

Démocrite représente un jalon très important de la pensée grecque car il a la fois le premier matérialiste et le premier agnostique et également le premier à s’intéresser à la morale.

Né en 460 avant JC on le classe dans les présocratiques alors qu’il est son contemporain.

Démocrite va poser le principe premier constitutif de tout ce qui existe et cet élément sera l’atome.

Démocrite est un philosophe éclectique, il s’intéresse à tout, la diététique, la musique, la médecine, l’astronomie la poésie etc.

Democrite considère que le réel est constitué par des éléments existant en nombre infini tellement petits qu’ils sont invisibles se sont les atomes qui se meuvent dans le Vide et en s’entrechoquant et se collant les uns les autres font naitre toute la matière c’est ce qu’on appelle une perspective matérialiste.

Donc si les dieux existent ils doivent avoir une structure matérielle ils doivent être eux aussi constitués d’atomes et on pourrait donc les voir et les entendre ce qui n’est pas le cas.                  On ne peut donc pas dire avec certitude que les dieux existent, c’est une attitude agonistique qui est qu’on ne peut pas se prononcer sur l’existence de dieux contrairement à l’athéisme qui la nie .

Dans les chants 3 et 4 u Der rerum natura on retrouvera en détail cette pensée.

Epicure

3eme siècle avant JC

L’idée directrice de la philosophie d’Epicure c’est le plaisir mais le plaisir dans l’étude.

Le but de l’existence n’est pas la vérité comme le dirait Platon, la liberté comme pour Kant, richesse la gloire, l’accumulation de biens non c’est le bonheur.

Mais attention la philosophie d’Epicure n’a rien à voir avec ce qu’on appelle de nos jours l’épicurisme soit comme le disaient les stoïciens ‘’ un bonheur de pourceaux’’ qui consiste à se gaver de nourriture ou de biens matériels comme dans la société de consommation actuelle.

 

Au contraire il s’agit d’une doctrine de la frugalité voir de l’ascétisme Épicure ne cesse de dire qu’il faut départir des désirs immenses et creux qui nous plongent dans le malheur absolu., le vrai bonheur c’est de pouvoir satisfaire les besoins indispensables, manger, dormir et philosopher même en ce qui concerne la sexualité et le mariage il pratique une doctrine très restrictive, dans une lettre à Ménécé il dit:'' ce ne sont pas les orgies continuelles, les jouissances avec des jeunes garçons ou des femmes ou une table luxueuse  qui engendrent une vie heureuse ,mais la raison vigilante'' ,

 

Épicure, reprenant les idées de Démocrite est un atomiste et dit que la vie n’est pas un cosmos avec lequel on devrait se mettre en harmonie, le monde est un chaos dans lequel les atomes s’agrègent au hasard les uns aux autres pour former des corps et dans lequel il n’y a ni avant ni après et on retrouve l’idée que les deux grands fléaux qui ruinent la vie humaine sont le passé et le futur et que le sage est celui qui  arrive à habiter le présent.

 

 

 

 

 

 

 

Lucrèce est-il lui-même un philosophe ou simplement un poète qui révélé la pensée de Démocrite et d’Epicure ? Est-il fidèle à leur doctrine ou la réécrit- il du point de vue d’un romain adaptant la pensée Grec ? c’est ce que nous allons essayer de savoir en étudiant les 6 chants.

Tout au long du poème Lucrèce rend hommage à Épicure par exemple au début du chant 5:

Qui des mots est le maître dont le génie nous légua le fruit de ses recherches ? Disons-le, noble Memmius, c’est celui qui découvrit les règles de vie nommées la sagesse et trouva l’art d’arracher notre vie à la nuit pour l’asseoir dans le calme et le clair absolu.

 

Les 6 chants

Il faut dire en introduction nommer ce poème '' de la nature' est une incompréhension fondamentale car il ne 'agit pas d'un poème sur la nature au sens des écologistes le titre est bien DE RERUM NATURA c'est à dire '' de la nature des choses',

Les res du poème désignent tout ce qui existe : aussi bien les êtres animés, les êtres inanimés mais aussi toute manière de pensée de savoir de connaissance.

C’est en cela qu’on peut y voir une pensée Animiste

''Je te révélerai quels sont les principes des choses d’où la nature accroît et nourrit tous les êtres

en quoi elle les résorbe à nouveau après la mort''

,

Le livre I commence par une invocation à Venus

O toi bienfaisante Venus, c'est par toi que toutes les espèces vivantes sont conçues arrivent à l'existence et voient la lumière du soleil,

Cette invocation est surprenante dans un ouvrage qui veut démontrer qu’il n’existe pas de dieux. Par Venus Lucrèce invoque en fait la femme, car on verra que dans le livre 4 il est beaucoup question de la femme et de la sexualité.

 

Ensuite il fait un éloge d’Épicure sans le nommer :

La vie humaine spectacle répugnant, gisait sur la terre écrasée sous le poids de la religion dont la tête menaçait les mortels d’un regard hideux quand un homme, un Grec osa la regarder en face et l’affronter enfin.

 

Pour appuyer sa mise en cause des rites religieux il prend l’exemple du sacrifice d’Iphigénie immolée par son père pour que les vents se lèvent afin de faire partir la flotte destinée à envahir Troie:

Saisie à main d’homme elle fut portée à l’autel pour tomber triste victime immolée par son père, combien la religion engendra de malheurs !

Le ton est donné et on entre dans le vif du sujet en établissant le principe que l’être ne peut sortir du néant ni y rentrer il existe dont des corpuscules primitifs, les atomes dont tous les corps sont formés.

L'univers n’a pas de créateur ni de concepteur, les particules n’ont pas été fabriquées et ne peuvent pas être détruite ; l’ordre et le désordre ne sont pas le produit d'un don divin.

La providence est le fruit de l’imagination :

''Car ce ‘n’est pas avec concertation ni par sagacité que Les atomes se sont mis à leur place mais de mille façons heurtées et projeté par leurs chocs éternels à travers l’infini''

L’existence n'a ni fin ni tutelle, elle est soumise à processus de création et destruction gouvernée par le hasard,

Il en résulte que le principal objectif de la vie humaine est l'augmentation du plaisir et la réduction de la douleur. la vie doit être mise au service de la poursuite du bonheur sur terre les autres ambitions : service de l'état culte des dieux et des dirigeants, la recherche de la vertu sont secondaire.

On comprend que St Jérôme et les chrétiens du moyen âge  en général l’ai traité de fou !

 

 

Le chant 2 est plus technique et démontre le fonctionnement des atomes, leur nombre, leurs mouvements et l'existence du vide dans lequel ils interagissent,

On est très proche de la physique quantique ; 

''Et maintenant voyons au moyen de quel mouvements les corps élémentaires de la matière les atomes engendrent la variété dans êtres, je vais te l'expliquer''

Aujourd’hui une grande partie de ce qu’affirme le DE RERUM NATURA à propos de l'univers semble familier. Nombre des raisonnements de l’œuvre sont à la base de la vie moderne telle que nous l'avons construite, notamment tout ce qui concerne la physique des particules.

Attention le de rerum natura n'est pas un livre scientifique mais un ouvrage philosophique qui utilise la physique pour appuyer ses idées sur la nature de la vie,

 

Les chant 3 est consacrés à traiter de l’âme humaine

Il commence par reprendre les principes d’Épicure:

’O père découvreur de l’univers tu nous prodigues tes préceptes paternels et dans tes livres pareils à des abeilles nous butinons tes paroles d’or, dès que ta doctrine se met à proclamer la nature des choses les terreurs de l’âme s’enfuient et les remparts du monde s’écartent’’

En lisant ceci on peut être certain que Lucrèce avait bien lu les ouvrages d’Épicure disparus depuis.

Ensuite viennent les considérations sur l’âme et l’esprit :  

L’âme est inerrante au corps elle se glisse dans le corps au temps de la naissance et disparaît au moment de la mort par la dispersion des atomes qui la compose.

Tu dois donc admettre qu’à l’instant où le corps périt, périt également l’âme

L’âme meurt, elle est composée du même matériau que le corps humain les atomes mais des atomes plus petits ‘’des particules infimes mêlées aux veines à la chair et aux tendons, nos instruments ne sont pas assez précis pour peser l’âme, au moment de la mort elle se dissout ainsi que du vin quand son bouquet s’est évanoui’’

En conséquence Lucrèce nous dit: ‘’Il n’y a pas de vie après la mort les hommes sont tourmentés par l’idée que quelque chose les attend après la mort : soit ils cueilleront des fleurs au jardin d’Éden soit ils seront amenés devant un juge sévère qui les condamnera’’ mais si on admet que l’âme meurt en même temps que le corps force est de reconnaître qu’il ne peut n’y avoir ni récompense, ni châtiment posthume : la vie terrestre est tout ce dont disposent les êtres humains.

Le livre III se poursuit avec une longue explication de la mort pour nous convaincre qu’il ne faut pas la redouter :

Pourquoi geindre sur la mort Si ta vie antérieure te fut agréable, si tant de bonheurs n’ont point fuit, pourquoi ne pas t’en aller tel un convive repu prendre calmement le repos

 

Le chant 4

Commence par un autre éloge d’Épicure ceci confirme une fois de plus que Lucrèce en est bien le disciple fidèle, et prouve que ses descriptions de la nature sous toutes ses formes sont validées par celles décrites plusieurs siècles avant lui par Épicure.

Tout est expliqué minutieusement : la vue, le goût, l’odorat, mais aussi l’écho, la faim et la soif, la marche et le mouvement etc… et finalement les rêves ce qui permet de passer à la question de la sexualité ou on voit ainsi que je  le mentionnait à propos d’Épicure un point de vue assez austère et conservateur pas du tout celui d’une débauche de plaisirs comme certains décrivent parfois l’épicurisme :

Le titre du passage est  Malheurs et illusions de la passion:

’Il convient de fuir sans cesse les images et de repousser ce qui peut nourrir notre amour et de tourner ailleurs notre esprit de l’amour voué de nous assurer peine et souffrances’’

‘’D’un beau visage et d’un teint frais rien ne pénètre pour réjouir le corps hormis des simulacres emportés par le vent’’.

Il faut être sur ses gardes pour éviter les pièges de l’amour et de tomber dans ses rets ‘’

 

 

Il s’en suit de nombreux vers sur les rapports entre les hommes et les femmes sur la réciprocité du plaisir, sur la séduction, la fécondité.

Certains exégètes de Lucrèce prétendent que ces réflexions amères seraient dues à des déboires amoureux du poètes mais on en a aucune preuve puisque à part ses dates de naissance et de décès on ne sait absolument rien sur sa vie personnelle du poète.

 

Le chant V commence également par un éloge d’Épicure que j’ai cité dans mon introduction :

Il est consacré à expliquer la formation de notre monde par le concours des atomes,

En partant de la naissance de l’univers ciel, astres, mécanisme du jour et de la nuit des phases de la lune, des éclipses puis des phénomènes terrestre animaux légendaires, origine du langage, découverte du feu, des cités, droit et justice etc...

C’est une description Darwinienne de l'évolution commençant avec une humanité primitive se nourrissant de glands se désaltérant au bord des rivières pour arrive à une société ont les biens naturels satisfaits introduisent des besoins factices ambitions, désir de richesse lois.

 

Le chant se termine par une vive attaque contre les superstitions afin de confirmer le matérialisme de la pensée Épicurienne.

 

Le chant  VI

Ce dernier chant est très sombre, il reprend la liste des éléments de la nature pour en montrer la menace qu'ils font courir à l'homme:

Orages, foudre, tonnerre, inondations, tremblements de terre, crues des fleuves mais aussi ds maladies et épidémies etc…

Mais là encore le but de cette liste macabre est de démontrer que les dieux ne sont pour rien dans ces menaces qui sont uniquement dues à la nature.

Par exemple ce passage ironique sur Jupiter et la foudre : ''La foudre n'est pas divine, pourquoi le ciel n'est-il pas totalement pur quand Jupiter lance sa foudre et le tonnerre attend il les nuages pour y descendre et régler la direction de ses traits''

Lucrèce se moque de ceux qui voudraient trouver dans leurs malheurs une origine divine :

Tout ce que les mortels voient de ces phénomènes qui les tiennent suspendus d'effroi humilient leurs âmes par la crainte des dieux, car leur ignorance les force à tout rapporter à l'empire des dieux : ils ne peuvent trouver la cause de ces faits  et les attribuent à une puissance divine.

 

Le DERERUM NATURA se termine par une description tragique d'une épidémie de choléra à Athènes d'une manière terrifiante, extrêmement précise et clinique assez pénible à lire tant elle est réaliste.

Cette dernière partie pose question car elle met à mal l’optimisme et le réalisme du poème en décrivant l'impuissance de la population devant ce mal terrible. D’aucuns pensent qu'il manque une partie du poème qui expliquerait la raison de cette description terrifiante,

 

 

5°) Lucrèce après Lucrèce

Depuis sa réapparition au 15ème siècle grâce au Poggio le Dererum natura est considéré comme un élément majeur dans la pensée,

La raison en est toute simple : le D RN offre une vision du monde totalement opposée à la pensée unique que prône les religions déistes .

En citant le DRN on pouvait contredire la bible et autres textes sacrés l’église sans en être l’auteur (ce n'est pas moi qui le dit c'est Lucrèce)

Mais également d nombreux auteurs se sont emparés des idées matérialistes du texte pour les faire leurs.

 

 

Au 16eme siècle les libertins s'emparent du texte pour rejeter l'ordre que tente d'imposer l'église en Europe ce qui aura pour conséquence entre autres que le moine philosophe Giordanno Bruno sera brûlé vif à Rome pour avoir confronté les idées des Épicuriens avec celles du christianisme notamment au sujet de la cosmologie, moins prudent que Descarte qui renoncera à publier son ''traité Du monde'' par crainte des représailles de l’église.

 

Dans les essais de Montaigne il y a plus de 100 citations du De Rerum,

Montaigne partage le mépris de Lucrèce pour une morale fondée sur la crainte de la mort et de l'enfer. Comme les épicuriens il chérit la liberté intérieure et le plaisir. Mais il partage leur scepticisme à l'égard de la poursuite effrénée de la gloire, de la richesse et de la puissance.

Il reprend l’idée que l’âme est partie intégrante du corps et que la mort est un phénomène naturel qu'on ne doit pas craindre : '' sortez de ce monde comme vous y êtes entré le même passage que vous fite de la mort à la vie faites le de la vie à la mort''

''Inter se mortales mutua vivunt et quasi cursores vitai lampada tradunt''(les mortels vivent d'échanges mutuels et tels des coureurs se passent le flambeau de la vie)

 

Shakespeare et Molière feront chacun une traduction du De Rerum afin d'en intégrer certains passages dans leurs pièces et pouvoir ainsi 'exprimer leur opinons sans risquer la censure,

 

Au siècle des lumières Lucrèce est devenu une bannière de la lutte contre la religion dogmatique

tout en étant l'objet de critiques virulente s sur la partie physique de l'ouvrage :

Voltaire dit qu' Epicure est un très mauvais physicien: Presque tout est absurde dans Lucrèce, quiconque croirait connaître la nature en lisant Lucrèce et Virgile meublerait d'autant d'erreurs qu'il y en a dans les anciens almanach''

On peut être d'accord sur ce point avec Voltaire sur la partie scientifique mais la partie éthique reste elle d’actualité : il était de bon ton de mourir en ayant Lucrèce aux lèvres comme Hume qui passe ses derniers jours au lit en lisant le De Rerum avec ses amis ou Jean Batiste Boyer d'Argens dont la l'épouse dit: ''Depuis deux mois que j’ai perdu mon mari on ne cesse de dire qu'il est mort comme un saint alors que la vérité est qu'il est mort comme un sage en lisant Lucrèce.''

 

C’est au 19eme que nait vraiment le mythe de Lucrece qui perdure jusqu’à nos jours.          Flaubert mentionne Lucrece de nombreuses fois dans sa correspondance pour en faire l’éloge. Dans une lettre à madame Des Genettes en 1861 il écrit : ‘’Il faut parler de Lucrèce avec respect je ne lui voit de comparable que Byron mais Byron n’a ‘as pas sa gravité, sa sincérité ou sa tristesse. N’ayant rien lu de Byron je ne peux pas commenter cette citation mais je pense que Flaubert s’intéresse plus à l’aspect poétique qu’à l’aspect scientifique du texte.

Il faut toujours garder en mémoire que nous avons à faire à deux textes : une poésie de 7000 vers et un manuel scientifique. (ou disons scientiste pour rester dans les critères de notre époque)

Henri Bergson publia en 1884 ‘’Extraits de Lucrèce, avec un commentaire, des notes et une étude sur la poésie, la philosophie, la physique, le texte et la langue de Lucrèce’’ un ouvrage qui mêle édition critique, analyse littéraire et réflexion philosophique 

 

Mais c’est de Karl Marx que vient l’étude de Lucrèce dont les conséquences perdurent jusqu’à nos jours :

La thèse de doctorat de Marx, Sur la différence de la philosophie naturelle chez

Démocrite et Épicure, qu’il présente et défend en 1841 à Iéna, est un moment » de son parcours philosophique, comme si les intuitions initiales du matérialisme antique » (la triade Démocrite, Épicure et Lucrèce) étaient le lointain point de départ du « matérialisme historique et dialectique », après Avoir transité par le « matérialisme bourgeois » du XVIIIe siècle.

Marx garde l’idée de la liberté Epicurienne : les hommes agissent dans des conditions déterminées dans des conditions qu’ils n’ont pas choisies. Il est possible de délimiter un domaine déterminisme et un domaine de liberté.

On verra dans les sociétés marxistes que le domaine déterministe est très grand et celui des libertés réduit à sa plus simple expression.

 

En conclusion on peut dire que le DE RERUM NATURA est une bible avant la bible qui a introduit bien avant l’heure les concepts de l’athéisme, de l’animisme et du matérialisme contemporain.

 

 
 
 

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